RONDA DEL CIMS – Ultra Trail d’Andorre – Juillet 2011

Un récit écrit en plusieurs étapes,

Quelques semaines plus tard, la question est devenue sans réponses évidentes. Pourquoi avoir arrêté ? Pourquoi avoir mis fin à cette course ?

Pas de réponse claire, comme il n’est pas de réponse claire pour répondre à notre besoin d’y retourner.

Pas de réponse claire à faire à autrui, comme il n’est pas de réponse claire à expliquer notre gout à l’effort.

Chose est sur, avec plusieurs semaines passées : ni remords, ni regrets. Depuis, plusieurs kilomètres ont été parcourus avec gout et sans retenu. Comme si le corps et l’esprit avaient effacé, digéré, ce laps de temps.

Un récit en retrait, un récit sans les marques vives et saillantes de l’effort et de la souffrance. Un récit avec l’absence et l’oubli des traces physiques.

Nous sommes sur la ligne, le trio marseillais et quelques autres sommes sur le départ. Il n’y a pas d’appréhension, il ne me semble pas que nous soyons dans un esprit de performance. La veille l’organisateur nous a fait un topo, mi catalan/mi français, du parcours et de la météo. Pour le parcours, il nous suffit de nous rappeler le titre d’une revue d’Ultra à propos de cette course : « l’ultra le plus engagé d’Europe ! » (je l’avais oublié celui-là, et pourtant c’est suite à la lecture de l’article que je m’étais dit qu’il fallait que j’y aille !? alors maso ?). Pour la météo, nous devrions avoir une fenêtre de grand beau. Et ce fût le cas ! Une merveille

Boum ! Pan ! Pétard ou coup de fusil, j’ai oublié. C’est parti. Petit parcours au travers d’Ordino sur bitume, histoire d’effiler le peloton. Au bout de 500m, je me mets en mode programme. Programme que je me suis fixé, le premier tiers je me fais doubler, le deuxième je consolide ma place, et enfin le troisième je double. (sous cet angle, ce programme je l’ai scrupuleusement suivi, vu que je n’ai fait que le premier tiers). Le premier raidillon est là, est met dans l’ambiance. Les sensations ne sont pas au top, mais rien de plus normal et d’anormal de se dire que sur un Ultra le temps est avec nous. Alors patience. Espagnols et Catalans, je les ai connu plus bavards. Les uns derrière les autres en silence, nous cherchons notre souffle, notre tempo. Petite descente, comme à l’accoutumé je retrouve mes ailes et reviens sur les doubleurs. Traversée de village, et encouragement de supporters, c’est parti pour une montée bien visible sur le graphique (1000m de D+). Nous traversons les différents étages alpins, de la prairie au sommet rocheux, le tout marqué par la modification progressive de la végétation. La transition est flagrante, et facilement appréhendable car le chemin, la trace sont droits dans la pente. Tel l’écorché que nous avons vu dans nos livres d’école, nous allons droit dans la pente, et suivons le profil bien dessiné. Mon rythme est lent. J’ai sorti les bâtons. Je fais des lacets de par et d’autre du fil des coureurs. Péniblement j’arrive en haut, et sens que la journée va être longue. Pas forcément difficile, mais longue. Une fois en haut rien de tel pour me motiver et m’imaginer virevolter en direction d’une altitude moindre. Mais que nenni ! Je n’ai pas fait 100m sur une trace en dévers que je me ramasse. Ça calme. La pente est raide, le terrain est technique. Je mesure à quel point chaque instant va nécessiter concentration et attention.

Il en sera ainsi jusqu’au bout. Aucun répit. J’arrive au premier ravito, parfaitement dans mes temps. Volontairement je prolonge l’arrêt pour me poser et profiter du lieu. Je repars. Le moral est là, contrairement aux jambes. C’est dur. J’avance. Pas aussi vite que l’aiguille de ma montre, le temps file. Autour, devant et derrière, les têtes et visages sont déjà bien marqués. Le site est magnifique, le parcours est majestueux. Nous évoluons hors de tout tracé, de tout sentier. Le terrain demande une grande attention, le tracé autant en vigilance. Deuxième ravito, je suis dans les choux, je range au fond du sac mon prévisionnel. Je n’en crois pas mes yeux, 7h pour faire 32Km. Là encore, puisque le temps n’est plus un rival je m’assoie. J’essaye différents aliments, et cela s’annonce mal. Pas de panique, j’en profite pour souffler. Pascal arrive. Tout sourire, il jubile, heureux d’être et de manger de la montagne. Après une courte pause et une salade de maïs, il m’encourage et me pousse à repartir.

Mon estomac fait des siennes, dorénavant c’est lui qui va me dicter mon évolution. J’avance, je double même et rien ne passe. Je me fixe le prochain ravito pour faire une pause, et essayer de récupérer. Il n’en ai rien, à peine je tente de manger, tout fini sur l’herbe … Les pauses sont longue, mais je repars. Nous sommes au pied du sommet de l’Andorre, je dois voir cela et si possible être au sommet avant la nuit. La montée est mémorable, raide, et usante. Au sommet un joueur de cornemuse se fait entendre, j’aurai droit à un superbe couché de soleil. Bien que le moral soit revenu, je sais que je n’irai pas jusqu’au bout.

 

 

ORDINO 8h

21Km : 3h57mn – 1920mD+/1270mD- : 10mn d’arrêt (recharge en eau + grignotage)

32Km : 2h56mn – 1149mD+/883mD- : 32mn d’arrêt (Recharge en eau + repas salade maïs/tomate)

43Km : 2h55mn – 929mD+/1107mD- : 25mn d’arrêt (recharge en eau + rien ne passe)

49Km : 2h32mn – 893mD+/688mD- : 35mn d’arrêt (recharge en eau + soupe)

56Km : 1h28mn – 313mD+/543mD- : 5mn d’arrêt (un verre de coca + carré de chocolat)

70km : 3h39mn – 583mD+/1595mD- : 2h17mn d’arrêt (repos)

 

21h35mn – arrêt chrono, je rends mon dossard …

 

70Km – 19h17mn (dont 1h47mn d’arrêt)

D+ : 5842m / D- : 6089m

 

J’étais parti pour une bonne trentaine d’heure, puis révisé à quarante, je n’étais finalement pas prêt psychologiquement pour faire plus de cinquante et approcher les soixante. Je ne me suis pas senti à la hauteur. J’étais arrivé en forme mais conscient du manque de dénivelé dans la préparation, j’étais donc parti pour profiter des paysages traversés, seule vacance à la montagne de l’été. L’arrêt fût une sage décision !

Depuis une envie incessante de devoir y retourner, une envie de planifier cette course sur une saison.

 

Il y a deux jours, je me suis inscrit. J’espère qu’en 2012 je pourrai conter la suite, en tous cas je vais m’y préparer …

 

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