Une Diagonale pas comme les autres

« C’est beau ! Et bon signe, la montée doit être terminée »
21 octobre 2010 – 15h30, je quitte l’appart, en tenue avec mes deux sacs de change (Cilaos et La Redoute) pour me rendre à l’arrêt de bus. Bus mis en place par l’organisation pour prendre et ramasser sur toute la côte Ouest des coureurs.
15h55, je ne suis pas seul à attendre devant la mairie de La Possession, mais je m’inquiète de ne voir venir aucun bus. Sachant qu’il est bien précisé que les bus partent à l’heure.
15h57, avec une nonchalance bien typique et local, des Réunionnais-coureurs m’informent qu’il y a de l’autre côté de la voie rapide un arrêt de bus. Je cours, et vois effectivement deux bus quitter l’arrêt. Nous venons de les rater!
Montée d’adrénaline, je secoue tout le monde pour trouver une solution. Deux voitures sont réquisitionnées, et partent à leur poursuite. Gare routière de Saint Paul nous les rattrapons. Je m’installe, maintenant il n’y plus qu’à attendre et se laisser conduire. Ouf je respire, première angoisse.
19h40 Cap Méchant : L’accès est bloqué par les embouteillages, la descente au stade se fait à pied. Je ne traine pas, je me dirige et rentre dans le Sas de contrôle. Une fois mis le Teeshirt obligatoire j’ai accès à l’enclos. 2h à attendre, à se concentrer, méditer, se reposer, pour enfin se tasser vers la ligne de départ. Sans trop d’effort je suis surpris, j’ai l’impression d’être bien placer.

22h10 Départ : Au troisième coup de canon, le magma se met en branle. Nous devons tous passer par le portail du stade, de 5m de large, pour rejoindre la route. Tout est sous dimensionné, c’est serré comme des sardines que nous accédons à la nationale. Là je réalise que j’ai un monde fou devant moi, il me faut doubler un maximum. Le départ est donc rapide. 3Km, à doubler, zigzaguer. Je n’avais pas cette intention de courir aussi vite, je le craignais même, mais là je dois me dégager pour ne pas être bloqué à la montée du volcan, je n’ai pas le choix. Je prends et garde un rythme rapide.
Nous quittons la route nationale pour emprunter un chemin nous faisant traverser au gré des virages, champs de cannes à sucre et forêts. Je profite de très courtes portions pour arrêter de courir et récupérer en marche rapide, je double toujours. 11km et 700m de D+, cela me parait long, mais sans grande difficulté. Premier ravito, je passe. Deuxième ravito, nous sommes au pied de La montée, je prends un verre de coca à la volée.
Me voilà dans le vif du sujet, je prends le train. C’est les uns derrière les autres que nous montons. La montée est raide, mais régulière. J’ai du rattraper mon retard, le train que j’ai pris est à mon rythme. Au fil de la progression, la végétation change. Bien qu’il fasse nuit noire, elle se densifie et baisse de hauteur. De moins en moins protégé, le vent se fait froid, tout en progressant je me couvre, il fait 5°. La lune est pleine, le ciel étoilé, et pourtant la nuit est noire. Je n’ai aucun repère, aucune des constellations me sont connues. Un bruit sourd se fait entendre. Encore qq efforts et se bruit sourd prend de la couleur. Sur la gauche un halo de fumée rouge se dégage. C’est le volcan. Arrêt oblige, nous sommes loin mais nous distinguons aisément la zone d’irruption et quelques coulées. C’est beau ! Et bon signe, la montée doit être terminée. Nous progressons maintenant sur de la roche. Je l’imagine noire faite de lave. Je me retourne à plusieurs reprises pour le regarder, comme nous il est en activité. Instant magique, je prends conscience d’y être, La Diagonale : j’y suis. Grosse surprise, ma frontale fait signe de faiblesse, je dois vite changer les piles. Je me rends compte alors que je n’ai pas mis de jeu de rechange dans le sac de Cilaos pour la deuxième nuit. Il va me falloir économiser.

Route du Volcan, [5h23mn/31Km – 6mn04s] J’arrive au ravito, le temps est compté : 1) je change les piles, 2) je remplis mes bidons, 3) je grignote, 4) je repars, ce n’est pas le moment d’attraper froid. Au moment où je repars je vois Jean François, il me rattrapera dans la montée au monastère. Nous avons donc du passer la plaine des sables. Là encore j’image un sol noir et mat. Tel le buvard, il absorbe la lumière de la pleine lune. Je cours, j’ai trouvé mon tempo, je suis bien. Et c’est la descente, je file, le sol est accidenté je m’y amuse.
Piton Textor, [1h07/9Km – 6h37mn/40Km – 1mn25s] j’ai une heure d’avance sur mes prévisions, 206 qu’il me dit au pointage. « Non, moi c’est le dossard 204 ! – Oui oui, c’est votre classement vous estes 206° – bonne nouvelle ! » Grisé par la descente, je ne me rends pas compte du changement de paysage, il verdi. C’est ainsi que nous traversons des prairies avec des vaches. Je suis seul, et comme à chaque fois dans ces cas là, je me relâche et profite de l’environnement. Rattrapé par un groupe martelant à grand bruit le sol nous entamons la route nous menant au ravito. Jean François est là, nous allons bon train vers la soupe. Vu depuis longtemps, l’arrivée à la base vie nous parait longue.

Mare à Boue, [1h10/10Km – 7h49mn/50Km – 12mn 03s] C’est le petit jour, je ne suis pas du matin. J’enlève quelques grains de sable de mes chaussures gardés en souvenirs de la plaine. Tout d’un coup je suis un peu hagard, ne sachant pas quoi faire, manger, me changer. Au final, je ne ferais que boire et repartir. J’ai froid. Je marche, j’ai hâte d’être au soleil. Comme le papillon j’ai besoin qu’il me réchauffe pour battre des jambes. Ca y est il est là, je cours. Et là nous avons droit à une mémorable descente. Un changement de parcours de dernière minute par l’organisateur, une surprise pour tous ceux qui ont fait du repérage. Un bonheur pour moi, c’est tellement invraisemblable que je ne cesse de rigoler en descendant, desescaladant, sautant, déboulant, chancelant, sautillant, m’accrochant, glissant, un vrai parcours du combattant. Rambo n’est pas loin, restons vigilant ! Col de Bébourg, nous empruntons désormais la route, le contraste est à mon gout trop grand. Je n’aime pas la route ! Chaque foulée est un choc, un bruit sourd. Le mal de dos que je contracte depuis quelques jours et qui m’accompagne depuis le départ se fait de plus en plus présent, je grimace. Sa compagnie ne m’est pas agréable. Avec Jean François depuis le col, nous ferons dorénavant route ensemble. A l’instar d’un énième virage sur cette route, un bénévole nous aiguille vers un ponton en bois, en nous indiquant que nous avons une boucle à faire sur un sentier. C’est la deuxième surprise du jour, un parcours hallucinant. C’est la fête foraine, aucune nécessité d’avoir le sens de l’orientation, ils nous font monter, descendre, tourner, virevolter à en perdre la tête. D’ailleurs, boum ! C’est un bruit sourd et creux. Jean Francois, devant, s’inquiète de mon état. Je rigole de la cocasserie du moment, l’arbre au travers du chemin, je l’avais vu. Mais ne pouvant me plier en deux, je n’ai pu avec l’élan l’éviter. Jean François me prescrit et me passe dans l’instant un ADVIL.

Et nous voilà repartis de plus belle à éviter racines, branches, boue, cailloux, marches, rondins glissants, flaques, …ont-ils lâché les Tigres ? Nous sommes en pleine forêt tropicale vat-on se retrouver à devoir faire un quizz avec le Colonel Kurtz ? Cette boucle est longue mais pour le moins ludique. Puis d’un coup d’un seul nous émergeons de cette verdure, nous avons une superbe vue panoramique sur le cirque de Salazie, époustouflant ! Attention nous avons une belle descente de 530m de D-, il ne faut pas perdre la concentration. Nous descendons tranquille avec un bon train, tout en doublant. Si les locaux sont imbattables et même impressionnants en montée, les descentes ne sont vraiment pas leur fort.
Hellbourg, [3h36mn/21,5Km – 11h38mn/71,5Km – 18mn08s] Juste avant le ravito, nous croisons la femme de Cédric, ainsi nous avons qq nouvelles de Mos et de Pascal. Dans l’aire des gladiateurs, nous retrouvons Cyril. Tout en se ravitaillant de tartines au pâté, nous le remotivons pour qu’il reparte avec nous. C’est chose faite, nous repartons tous les 3, pour The montée du Cap Anglais. 1160m de D+ en 5km, puis à la suite 333m à nouveau en 5km. C’est parti, le rythme, le rythme toujours le rythme. C’est raide, il fait chaud, mais nous essayons tant bien que mal de conserver la même allure. Les marches sont hautes, la plante des pieds chauffe. Pour la première fois, une sensation nouvelle et pas des plus appréciable. Le fait d’être toujours en appui sur le devant du pied, chauffe et rend douloureux le dessous du gros orteil au niveau des métatarses. Nous ne sommes pas des Formules 1, mais quelques arrêts sont nécessaires pour faire baisser la température. Arrivée au Cap Anglais, la vue se dégage, et heureusement pour nous c’est dans un pseudo brouillard que nous rejoignons la Caverne Dufour. Là, encore ce parcours nous dévoile ses surprises, après être montés dans une forêt dense et haute nous cheminons sur un sentier au milieu d’une végétation toujours aussi dense et cotonneuse d’un vert-jaune éclatant.

Gite Piton des neiges, [2h43mn/10,5 – 14h39mn/82Km – 5mn58s] 135°, à chaque pointage les bénévoles nous signalent, en plus d’un sourire et des encouragements, notre classement. Nous sommes au plus haut point du parcours, presque 2500m d’altitude, le temps est couvert, il fait frais, quelques gouttes me font mettre mon coupe-vent. Les jambes sont là, le moral également, il s’agit donc de ne pas prendre froid, ne pas s’éterniser et se lancer dans la fameuse descente vers Cilaos. C’est parti, avec Jean François nous alternons dans cette descente de 8km pour 1300m de D-. On dévale, on saute, on double, nous sommes trempés. Plus on descend, plus la pluie se densifie, le sentier n’est plus qu’un ruisseau dans lequel on patauge. Avec la plus grande des vigilances, la pluie n’a aucun effet sur notre aisance, on déroule. En arrivant au Bloc, nous sommes doublement étonnés : par la descente, nous nous attendions à plus difficile ; par la sécheresse de la route, ici aucune goutte alors que nous sommes trempés jusqu’aux os.

Cilaos Entrée, [1h20mn/8km – 16h06mn/90Km] 127°, une fois de plus nous avons gagné des places, mais il s’agit d’être raisonnable nous nous arrêtons comme prévu pour nous changer et nous restaurer. Il n’y a quasiment personne dans les tentes. Trempés nous nous mettons des affaires propres et sèches, et rechargeons nos sacs en barres et gels. Cela fait, et une fois rendu nos sacs de change nous nous dirigeons vers le réfectoire. Au menu du jour nous avons pâtes-poulet, je complète avec une compote. A notre grand étonnement le réfectoire est également vide. Peu de coureurs s’arrêtent à cette base vie, cela explique notre perte de places au classement.
Cilaos Sortie, [1h10mn – 17h16mn] 158°, il nous faut un peu de temps pour relancer la machine, une portion de route avant la descente est parfaite pour cela. Confiant, nous nous calmons mutuellement pour ne pas partir trop vite et retrouver notre rythme initial. Intérieurement je suis persuadé que ce temps d’arrêt est du temps gagné. Je retrouve mes jambes et l’envie. Pas de coureurs en vu, nous croisons et doublons quelques randonneurs, qui nous encouragent au passage et que nous remercions par de larges sourires. Une fois tout en bas, chose évidente ça remonte.
On nous avait prévenus …et si il doit y avoir course : c’est maintenant !
Nous voilà au pied de la montée du col de Taïbit ! Tout d’un coup les jambes sont lourdes, notre rythme diminue avec le pourcentage. Dans un premier temps, la montée n’est pas si franche, c’est un parcours à flan de montagne avec de beau surplomb sur la rivière. Ou chaque raidillon nous fait prendre très, très rapidement de la hauteur. A chaque fois nos têtes se baissent, et nos mains poussent de plus en plus sur nos cuisses. Alors que nous étions seuls jusqu’alors en arrivant au ravito, nous nous retrouvons avec quelques coureurs à partager bananes et verres de coca. Les regards suffisent, les visages sont marqués, nous sommes peu loquasse, nous savons que cet arrêt n’est qu’un répit de courte durée. Et nous avons un nouvel allié qui dorénavant ne nous lâchera plus, la fatigue.
Début du sentier du Taïbit, [1h26mn/7km - 18h42mn/97Km] 138°. Nous gagnons, sans trop savoir comment, des places. Nous repartons de plus belle. C’est raide, 1000m de D+ en 4km, et pourtant si long. Cette montée use autant notre physique que notre moral, nous n’en voyons pas la fin. Nous sommes alors en petit groupe, métro et réunionnais à avancer, à nous hisser. Pour arriver à un oratoire que l’on croit être le col. Non, il n’en est rien. Je commence à avoir des soupçons sur la définition et l’étymologie du mot col. Enfin nous y arrivons, enfin nous allons pouvoir basculer sur Mafate. Une pause s’impose. Nous sommes en altitude, je mets mon coupe-vent. La nuit tombe, je sors ma frontale. La vue est bouchée, à moins que ce soit moi, mais je n’aurai aucun regard vers un panorama tant attendu. J’ai faim, j’ai hâte de manger, j’ai hâte d’être au prochain ravito. Rien de tel qu’une descente pour retrouver un semblant de légèreté, une impression de vitesse, un sentiment d’avancer.
Marla, [1h55/6km – 20h39mn/103Km – 22mn41s] 133°, à peine passer le contrôle je commande à une gentille bénévole venant à ma rencontre, un verre de soupe au vermicelle, une assiette de poulet/riz, le tout en grignotant des tartines de pâtés. Me voilà attablé à arroser le tout d’un millésime 2010 de coca bien pétillant. L’arrêt est profitable, les batteries sont rechargées. Au revoir et encouragements mutuels avec les bénévoles, nous nous enfonçons dans la nuit noire. Dorénavant, nous sommes dans la course. Tel des cyclistes, avec Jean François nous nous relayons. Dans toutes les portions descendantes nous doublons. C’est bon.

Trois Roches, nous ne faisons que passer … Sans l’humour et les noix de coco, nous filons à la même allure que le preux chevalier en quête du Sacré Graal.
Roche Plate, [1h53mn/8,5km – 22h56mn/111Km – 7mn] 121°, nous nous offrons deux bons verres de soupes et une bonne discut avec un bénévole. Le cœur, le moral, les jambes tout le monde est présent. Une brève explication de ce qui nous attend, un bref compte rendu de la tête de course et nous repartons. La nuit est toujours aussi noire, le faisceau de ma lampe me happe. Bien que le chemin soit descendant sur le profil, nous avons droit à de nombreux petits raidillons. Et surtout de nombreux cailloux à éviter, sauter, détourné, sans oublier (fruit de mon imagination ou réalité) une multitude de petites grenouilles, que je me force à éviter, qui n’ont rien trouvé de mieux que pour nous encourager de stationner au milieu du chemin.
Orangers, [1h10mn/5km – 24h12mn/116KM – 6mn43s] 116°, petite pause, quelques tartines sur un banc, remplissage des bidons. Un semblant de récupération, c’est mon tour d’avoir un coup de mou. Nous partons en petit groupe, pour arriver au captage des orangers. Nous ne pouvons apprécier pleinement les lieux, mais nos lumières nous montrent de magnifiques vasques, ou il doit faire bon de se baigner en pleine journée. Le ciel est toujours noir, mais le son faisant appel à nos sens nous traversons ce lieu, haut en musique. A partir de maintenant je connais, je suis sur une portion de sentier que j’ai reconnu. Ce n’est pas pour cela que nous allons plus vite, mais nous pouvons anticiper chaque instant. Nous sommes sur une portion très variée, qui demande et qui permet la relance. Ce n’est pas aussi simple, la fatigue, fidèle compagne nous scotche au sol. A la vue de la lueur du ravito, nous reprenons un rythme de course.

Deux Bras, [2h12mn/10,5km – 26h31mn/127Km] 102°, sourires aux lèvres nous recevons notre classement. Nous nous battons et cela porte ces fruits. Pendant que je fais un petit arrêt à l’infirmerie, Jean François se ravitaille. A peine je le rejoints, il me fait signe qu’il est prêt à repartir. Les bénévoles nous signalent qu’il y a une vingtaine de coureurs qui sont entrain de dormir. Ni une ni deux, tout en mâchant un morceau de banane nous allons vers la sortie.
Deux bras, [7mn – 26h38mn] 89°
Dernière difficulté, dernier gros morceau, la montée de Dos d’Ane. C’est très raide. Escalier, main courante, câble, échelle, très haute marche. Nous avons pris notre rythme, certes il n’est pas rapide mais il sera régulier jusqu’en haut. Seule une fusée réunionnaise nous déposera. Passage de l’échelle, nous sommes à mi pente. On continu. On tire, on pousse, tout est bon pour nous hisser. Passer ce tronçon de nuit nous permet de ne pas avoir l’appréhension du vide, qui est très impressionnant. Encore et encore un effort et nous arrivons aux gros bambous que je sais être salvateur, la fin est là. 1h 40 de montée, Dos d’Âne, c’est en musique et chansons que les locaux nous accueillent. Cyril est également là, les encouragements sont bien venus. Jean François en profite pour changer de chaussure. Le ravito est light, nous ne nous éternisons pas. Nous plongeons vers La Possession. Et le calvaire ne fait que commencer. Tout d’abord de la route, puis une longue, très longue portion descendante raide et cimentée. Je ne peux courir, mes genoux ne le supportent pas. C’est la première fois que je ressens une douleur physique. Cela me mine le moral, cette descente m’est très désagréable. Nous quittons alors ce calvaire, pour prendre un sentier. Et c’est avec soulagement que nous quittons cette route. Mais c’est la grande désillusion, le calvaire continu. Comme si nous n’avions pas compris que les sentiers Réunionnais pouvaient être dur. Mais là, il n’y a en contre partie, aucune satisfaction. Nous sommes dans un couloir encaissé, aucune vue, aucune horizon. Et encore et toujours, de l’escalade, des échelles, d’énormes rochers à gravir ou à désescalader. Moral et physique sont atteints, nous ne prenons aucun plaisir. A se demander s’ils ne vont pas nous faire passer par un accrobranche. C’est interminable. Et comble du bonheur, nous traversons lotissements déserts et no man’s land à l’approche de la ville. On s’attend à tout instant à devoir traverser une déchèterie. C’est le moral dans les chaussettes que nous arrivons au ravito.
La Possession, [4h41mn/15km – 31h19mn/142Km – 24mn56s] 84°, Jean François décide de faire un somme, de mon côté j’opte pour un massage. C’est le petit jour, comme nous les bénévoles ont de petits yeux. Enroulé dans une couverture, bien au chaud, je grignote et essaye de reprendre des forces. Encore un verre de soupe, et nous quittons ce ravitaillement. Nous avons une portion de route, à longer la voie rapide, pour arriver au début du chemin des Anglais. Un chemin bien particulier, fait de gros pavés, de toutes tailles, et surtout complètement désordonnés. Pas bon pour les chevilles, nous marchons et courons sur toutes les portions plates. Dans les descentes, du moins les premières, nous courons également. La vigilance est de rigueur, le moindre faux pas serait impardonnable. Comment ont-ils pu emprunter ce chemin avec des charrettes ?

La Grande Chaloupe, [1h36mn/5km – 33h21mn/147Km – 7mn] 85°, l’arrêt est de courte durée, nous n’avons pas l’envie de rester là. Nous avons plutôt le souhait d’en finir. C’est reparti, toujours sur le même chemin, un peu plus confortable, nous avons un raidillon de 45mn. A nouveau dans l’inconnu, nous découvrons le parcours. Un chemin des Anglais qui monte droit dans la pente. Puis de la route. Et encore de la route. Des lotissements. Un environnement et un paysage bien loin de tout ce que nous avons traversé jusqu’alors. Aucun intérêt. Une rage, une colère me gagne. Pourquoi nous faire passer là ? Cette boucle depuis Dos d’Âne, avec le passage à La Possession, est d’une fadeur déconcertante. Et surtout pourquoi nous faire emprunter autant de bitume. Les 15% sont dépassés ! Nous ne faisons que marcher, nous sommes seul. Enfin on en termine avec la route, en rentrant dans une forêt dense et sombre. Une montée pour rejoindre la crête, que nous allons ensuite prendre jusqu’au Colorado bien indentifiable par un dôme.
Colorado, nous sommes pointés 95°. Alors que nous n’avons pas vus depuis un certain de coureurs, nous avons perdu des places. C’est la première fois. Vite fuyons, mais une caméra pointe son nez vers moi et une journaliste me tend son micro. Je me contiens, et répond à ces questions, jusqu’au moment ou j’explose et lui donne mon impression de fin de Grand Raid. C’est Nul ! Jean François met fin, en me faisant signe du départ. Décidé, comme depuis que nous étions sur la crête, nous partons en courant. Rapidement. Il n’y a plus de stratégie, nous n’avons plus qu’une descente. On dévale comme des fous, peut être un peu trop d’ailleurs. Notre rythme est haché, et nous nous faisons encore doubler. Cela m’énerve, nous nous sommes battus, et nous risquions là de perdre le top 100. Jean François n’est pas bien, il est blanc. Notre allure est saccadée, et encore des coureurs qui passent. La fin est proche, tout le monde veut en finir, je ne peux les stopper et les empêcher de nous passer. Voilà un trio qui me double, et ce le Top 100 qui s’éloigne. C’en est trop, je craque, je pète un câble, envahis par toute cette colère accumulée depuis Dos d’Âne, je pars. Plus question de m’arrêter. Je dévale, je déboule, je double. Puis, droit dans la pente, j’en finis avec cette dernière difficulté. Je passe sous le pont, il ne reste que quelques centaines de mètre. Droit devant, un coureur ne cesse de se retourner, il ne fait qu’attiser ma hargne. Je l’aurais. Les jambes sont à plein régime, inutile d’en garder sous le pied, je vais battre mon record du kilomètre. Juste avant de rentrer dans le stade, je gagne une place, je l’ai doublé.
Stade de La Redoute, [3h14mn/16km – 36h36mn/ 163km] 91°. J’ai bien fait, ma colère c’est dissiper dans ce dernier effort, je peux alors apprécier. Tee shirt, médaille, chrono, c’est fini. Sourire aux lèvres j’ai envie de remercier et féliciter tout le monde. Cyril est là, inquiet il ne comprend pas pourquoi je suis seul. Nous attendons. Il en faut peu, et Jean François rentre dans le stade : 99°
Nous sommes dans le Top 100, nous sommes Fous

Générique :
Bouf :
14h/22h : 1l de Malto sqeezy
18h30 dans le bus : pâte/jambon, 1 yaourt, 1 pomme
Avant départ dans l’enclos :
2 barres Sqeezy de 50g
Pendant la course :
2 fois 2 gels (40g InKo) dans fiole avec eau, départ puis Cilaos
2 gels Sqeezy 25g
1 gel 40g Inko
5 barres
1 Guarana (Cilaos)
Arrêt Cilaos : pâtes/poulet, compote de pomme
Arrêt Roche plate : riz/poulet
A de nombreux ravito, 1 à 2 verres de soupes aux vermicelles
2 bidons de 75cl + 1l d’eau plate dans poche à eau en réserve (pour toute la course)
Course :
Un prévisionnel de 32h sans connaissance particulière de la spécificité du terrain réunionnais.
Route du Volcan : 5h24 pour 6h, 36mn d’avance
Piton Textor : 6h39 pour 7h30, 1h d’avance
Mare à Boue : 7h51 pour 9h, 1h d’avance
Caverne Dufour : 14h40 pour 15h, 20mn d’avance
Cilaos entrée: 16h06 pour 16h
Reconnaissances :
Dimanche : 27km / 5h 32mn / 1513mD+ – Canalisation des Orangers / Ilet des Lataniers / Ilet des Orangers / Deux Bras / Dos d’Âne
Lundi : 12km / 2h 25mn / 516mD+ – Aller/Retour La Possession / Grande Chaloupe
Deux reconnaissances bien utiles, qui me permettront de partir sans objectif et d’être détacher de tout prévisionnel. C’est bien trop raide !