Etoile * – Un semblant d’hiver

Petite sortie matinale, histoire de faire sa trace. Tout d’abord, et une fois bien couvert, prendre de la hauteur …

La Sainte … il faut alterner, une prochaine sortie. Des repérages sont prévus, c’est le premier objectif de la saison!

Nord / Sud: entre les cheminées de Gardanne et le Bonne Mére. Au pied et alentours, la ville et son effervesence, alors que là je peux prendre le temps, même celui de l’instant. De le respirer, de le humer, de l’écouter et de le toucher …Aujourd’hui, je ne suis pas venu chercher la performance, assis sur un rocher, au soleil, j’apprécie

Il est temps de redescendre, volontairement le chemin ne sera pas le plus court. A la recherche de neige vierge de toute trace, je suis des empreintes, lapin, lièvre, poule faisanne, …

Pour enfin boucler la boucle.

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Grand Raid des Pyrénées 2010

Vieille Aure: 80Km / 5000m D+
Départ le 28 Aout à 5h

Une course en guise de préparation, pour affiner les derniers réglages avant La Diagonale. Une course a goût de madeleine de Proust, un retour dans l’enfance. Une multitude de lieux et de sommets parcourus, entendus, vus, …que de souvenirs!

L’ambiance est festive, les r roulent dans les palais, un semblant d’être chez soi, le bonheur d’être là

Le jour se lève, le parcours est sauvage, les sentiers sont bien raides, les montagnards sont là

Un emblème, un drapeau, un pays. Je ne l’ai pas, je n’y suis pas, mais il est en moi
Les nuages décollent, la vue se dégage, le soleil réchauffe, l’humidité s’échappe.

Je suis fidèle à mon programme: en profiter, ne pas forcer jusqu’à mi-course, trouver le rythme et le conserver, ne pas s’emballer. L’appareil photo aide mon métronome interne, dés que je m’emporte une pause photo s’impose

… Laisse là tes montagnes, disait un étranger
Suis-moi dans mes campagnes
Viens ne soit plus berger
Jamais, jamais, quelle folie
Je suis heureux dans cette vie
J’ai ma ceinture (bis) et mon béret (bis)
Mes chants joyeux (bis) ma mie et mon chalet ...”

Nous sommes à mi-parcours, le point le plus haut, Le Pic du Midi de Bigorre. Une bien belle montée pour y arriver, une belle mer de nuages en récompense. Je jubile, j’embrasse le paysage, un 360° qui nous est offert. C’est Grand!

Comme prévu, j’entame la deuxième partie sur un autre rythme. Je range l’appareil photo et je file. Tout d’abord une longue descente, point faible du pyrénéens, je double … Puis toujours sur un bon rythme et régulier je remonte des places. Le parcours est moins technique sur ce tronçon. Pour enfin arrivé au dessus de Saint Lary, au col de Portet. Là, le temps change du tout au tout, c’est brouillard et froid. La descente va se faire dans un coton bien épais, avec une très faible visibilité. Et une dernière portion avant le village de Soulan, droit dans la pente, à fond les ballons. Encore un souvenir de jeunesse, sans les roulé-boulés qui alors s’imposaient …

Je peux alors, à tue-tête sur la route qui me ramène à Vieille-Aure chanter le refrain:

“ Halte là, halte, là halte là
Les montagnards, les montagnards
Halte là, halte là, halte là
Les montagnards sont là
Les montagnards (bis) les montagnards sont là.”


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Grand Raid de la Réunion 2010

Une Diagonale pas comme les autres

« C’est beau ! Et bon signe, la montée doit être terminée »

21 octobre 2010 – 15h30, je quitte l’appart, en tenue avec mes deux sacs de change (Cilaos et La Redoute) pour me rendre à l’arrêt de bus. Bus mis en place par l’organisation pour prendre et ramasser sur toute la côte Ouest des coureurs.

15h55, je ne suis pas seul à attendre devant la mairie de La Possession, mais je m’inquiète de ne voir venir aucun bus. Sachant qu’il est bien précisé que les bus partent à l’heure.

15h57, avec une nonchalance bien typique et local, des Réunionnais-coureurs m’informent qu’il y a de l’autre côté de la voie rapide un arrêt de bus. Je cours, et vois effectivement deux bus quitter l’arrêt. Nous venons de les rater!

Montée d’adrénaline, je secoue tout le monde pour trouver une solution. Deux voitures sont réquisitionnées, et partent à leur poursuite. Gare routière de Saint Paul nous les rattrapons. Je m’installe, maintenant il n’y plus qu’à attendre et se laisser conduire. Ouf je respire, première angoisse.

19h40 Cap Méchant : L’accès est bloqué par les embouteillages, la descente au stade se fait à pied. Je ne traine pas, je me dirige et rentre dans le Sas de contrôle. Une fois mis le Teeshirt obligatoire j’ai accès à l’enclos. 2h à attendre, à se concentrer, méditer, se reposer, pour enfin se tasser vers la ligne de départ. Sans trop d’effort je suis surpris, j’ai l’impression d’être bien placer.

22h10 Départ : Au troisième coup de canon, le magma se met en branle. Nous devons tous passer par le portail du stade, de 5m de large, pour rejoindre la route. Tout est sous dimensionné, c’est serré comme des sardines que nous accédons à la nationale. Là je réalise que j’ai un monde fou devant moi, il me faut doubler un maximum. Le départ est donc rapide. 3Km, à doubler, zigzaguer. Je n’avais pas cette intention de courir aussi vite, je le craignais même, mais là je dois me dégager pour ne pas être bloqué à la montée du volcan, je n’ai pas le choix. Je prends et garde un rythme rapide.

Nous quittons la route nationale pour emprunter un chemin nous faisant traverser au gré des virages, champs de cannes à sucre et forêts. Je profite de très courtes portions pour arrêter de courir et récupérer en marche rapide, je double toujours. 11km et 700m de D+, cela me parait long, mais sans grande difficulté. Premier ravito, je passe. Deuxième ravito, nous sommes au pied de La montée, je prends un verre de coca à la volée.

Me voilà dans le vif du sujet, je prends le train. C’est les uns derrière les autres que nous montons. La montée est raide, mais régulière. J’ai du rattraper mon retard, le train que j’ai pris est à mon rythme. Au fil de la progression, la végétation change. Bien qu’il fasse nuit noire, elle se densifie et baisse de hauteur. De moins en moins protégé, le vent se fait froid, tout en progressant je me couvre, il fait 5°. La lune est pleine, le ciel étoilé, et pourtant la nuit est noire. Je n’ai aucun repère, aucune des constellations me sont connues. Un bruit sourd se fait entendre. Encore qq efforts et se bruit sourd prend de la couleur. Sur la gauche un halo de fumée rouge se dégage. C’est le volcan. Arrêt oblige, nous sommes loin mais nous distinguons aisément la zone d’irruption et quelques coulées. C’est beau ! Et bon signe, la montée doit être terminée. Nous progressons maintenant sur de la roche. Je l’imagine noire faite de lave. Je me retourne à plusieurs reprises pour le regarder, comme nous il est en activité. Instant magique, je prends conscience d’y être, La Diagonale : j’y suis. Grosse surprise, ma frontale fait signe de faiblesse, je dois vite changer les piles. Je me rends compte alors que je n’ai pas mis de jeu de rechange dans le sac de Cilaos pour la deuxième nuit. Il va me falloir économiser.

Route du Volcan, [5h23mn/31Km – 6mn04s] J’arrive au ravito, le temps est compté : 1) je change les piles, 2) je remplis mes bidons, 3) je grignote, 4) je repars, ce n’est pas le moment d’attraper froid. Au moment où je repars je vois Jean François, il me rattrapera dans la montée au monastère. Nous avons donc du passer la plaine des sables. Là encore j’image un sol noir et mat. Tel le buvard, il absorbe la lumière de la pleine lune. Je cours, j’ai trouvé mon tempo, je suis bien. Et c’est la descente, je file, le sol est accidenté je m’y amuse.

Piton Textor, [1h07/9Km – 6h37mn/40Km – 1mn25s] j’ai une heure d’avance sur mes prévisions, 206 qu’il me dit au pointage. « Non, moi c’est le dossard 204 ! – Oui oui, c’est votre classement vous estes 206° – bonne nouvelle ! » Grisé par la descente, je ne me rends pas compte du changement de paysage, il verdi. C’est ainsi que nous traversons des prairies avec des vaches. Je suis seul, et comme à chaque fois dans ces cas là, je me relâche et profite de l’environnement. Rattrapé par un groupe martelant à grand bruit le sol nous entamons la route nous menant au ravito. Jean François est là, nous allons bon train vers la soupe. Vu depuis longtemps, l’arrivée à la base vie nous parait longue.

Mare à Boue, [1h10/10Km – 7h49mn/50Km – 12mn 03s] C’est le petit jour, je ne suis pas du matin. J’enlève quelques grains de sable de mes chaussures gardés en souvenirs de la plaine. Tout d’un coup je suis un peu hagard, ne sachant pas quoi faire, manger, me changer. Au final, je ne ferais que boire et repartir. J’ai froid. Je marche, j’ai hâte d’être au soleil. Comme le papillon j’ai besoin qu’il me réchauffe pour battre des jambes. Ca y est il est là, je cours. Et là nous avons droit à une mémorable descente. Un changement de parcours de dernière minute par l’organisateur, une surprise pour tous ceux qui ont fait du repérage. Un bonheur pour moi, c’est tellement invraisemblable que je ne cesse de rigoler en descendant, desescaladant, sautant, déboulant, chancelant, sautillant, m’accrochant, glissant, un vrai parcours du combattant. Rambo n’est pas loin, restons vigilant ! Col de Bébourg, nous empruntons désormais la route, le contraste est à mon gout trop grand. Je n’aime pas la route ! Chaque foulée est un choc, un bruit sourd. Le mal de dos que je contracte depuis quelques jours et qui m’accompagne depuis le départ se fait de plus en plus présent, je grimace. Sa compagnie ne m’est pas agréable. Avec Jean François depuis le col, nous ferons dorénavant route ensemble. A l’instar d’un énième virage sur cette route, un bénévole nous aiguille vers un ponton en bois, en nous indiquant que nous avons une boucle à faire sur un sentier. C’est la deuxième surprise du jour, un parcours hallucinant. C’est la fête foraine, aucune nécessité d’avoir le sens de l’orientation, ils nous font monter, descendre, tourner, virevolter à en perdre la tête. D’ailleurs, boum ! C’est un bruit sourd et creux. Jean Francois, devant, s’inquiète de mon état. Je rigole de la cocasserie du moment, l’arbre au travers du chemin, je l’avais vu. Mais ne pouvant me plier en deux, je n’ai pu avec l’élan l’éviter. Jean François me prescrit et me passe dans l’instant un ADVIL.

Et nous voilà repartis de plus belle à éviter racines, branches, boue, cailloux, marches, rondins glissants, flaques, …ont-ils lâché les Tigres ? Nous sommes en pleine forêt tropicale vat-on se retrouver à devoir faire un quizz avec le Colonel Kurtz ? Cette boucle est longue mais pour le moins ludique. Puis d’un coup d’un seul nous émergeons de cette verdure, nous avons une superbe vue panoramique sur le cirque de Salazie, époustouflant ! Attention nous avons une belle descente de 530m de D-, il ne faut pas perdre la concentration. Nous descendons tranquille avec un bon train, tout en doublant. Si les locaux sont imbattables et même impressionnants en montée, les descentes ne sont vraiment pas leur fort.

Hellbourg, [3h36mn/21,5Km – 11h38mn/71,5Km – 18mn08s] Juste avant le ravito, nous croisons la femme de Cédric, ainsi nous avons qq nouvelles de Mos et de Pascal. Dans l’aire des gladiateurs, nous retrouvons Cyril. Tout en se ravitaillant de tartines au pâté, nous le remotivons pour qu’il reparte avec nous. C’est chose faite, nous repartons tous les 3, pour The montée du Cap Anglais. 1160m de D+ en 5km, puis à la suite 333m à nouveau en 5km. C’est parti, le rythme, le rythme toujours le rythme. C’est raide, il fait chaud, mais nous essayons tant bien que mal de conserver la même allure. Les marches sont hautes, la plante des pieds chauffe. Pour la première fois, une sensation nouvelle et pas des plus appréciable. Le fait d’être toujours en appui sur le devant du pied, chauffe et rend douloureux le dessous du gros orteil au niveau des métatarses. Nous ne sommes pas des Formules 1, mais quelques arrêts sont nécessaires pour faire baisser la température.  Arrivée au Cap Anglais, la vue se dégage, et heureusement pour nous c’est dans un pseudo brouillard que nous rejoignons la Caverne Dufour. Là, encore ce parcours nous dévoile ses surprises, après être montés dans une forêt dense et haute nous cheminons sur un sentier au milieu d’une végétation toujours aussi dense et cotonneuse d’un vert-jaune éclatant.

Gite Piton des neiges, [2h43mn/10,5 – 14h39mn/82Km – 5mn58s] 135°, à chaque pointage les bénévoles nous signalent, en plus d’un sourire et des encouragements, notre classement. Nous sommes au plus haut point du parcours, presque 2500m d’altitude, le temps est couvert, il fait frais, quelques gouttes me font mettre mon coupe-vent. Les jambes sont là, le moral également, il s’agit donc de ne pas prendre froid, ne pas s’éterniser et se lancer dans la fameuse descente vers Cilaos. C’est parti, avec Jean François nous alternons dans cette descente de 8km pour 1300m de D-. On dévale, on saute, on double, nous sommes trempés. Plus on descend, plus la pluie se densifie, le sentier n’est plus qu’un ruisseau dans lequel on patauge. Avec la plus grande des vigilances, la pluie n’a aucun effet sur notre aisance, on déroule. En arrivant au Bloc, nous sommes doublement étonnés : par la descente, nous nous attendions à plus difficile ; par la sécheresse de la route, ici aucune goutte alors que nous sommes trempés jusqu’aux os.

Cilaos Entrée, [1h20mn/8km – 16h06mn/90Km] 127°, une fois de plus nous avons gagné des places, mais il s’agit d’être raisonnable nous nous arrêtons comme prévu pour nous changer et nous restaurer. Il n’y a quasiment personne dans les tentes. Trempés nous nous mettons des affaires propres et sèches, et rechargeons nos sacs en barres et gels. Cela fait, et une fois rendu nos sacs de change nous nous dirigeons vers le réfectoire. Au menu du jour nous avons pâtes-poulet, je complète avec une compote. A notre grand étonnement le réfectoire est également vide. Peu de coureurs s’arrêtent à cette base vie, cela explique notre perte de places au classement.

Cilaos Sortie, [1h10mn – 17h16mn] 158°, il nous faut un peu de temps pour relancer la machine, une portion de route avant la descente est parfaite pour cela. Confiant, nous nous calmons mutuellement pour ne pas partir trop vite et retrouver notre rythme initial. Intérieurement je suis persuadé que ce temps d’arrêt est du temps gagné. Je retrouve mes jambes et l’envie. Pas de coureurs en vu, nous croisons et doublons quelques randonneurs, qui nous encouragent au passage et que nous remercions par de larges sourires. Une fois tout en bas, chose évidente ça remonte.

On nous avait prévenus …et si il doit y avoir course : c’est maintenant !

Nous voilà au pied de la montée du col de Taïbit ! Tout d’un coup les jambes sont lourdes, notre rythme diminue avec le pourcentage. Dans un premier temps, la montée n’est pas si franche, c’est un parcours à flan de montagne avec de beau surplomb sur la rivière. Ou chaque raidillon nous fait prendre très, très rapidement de la hauteur. A chaque fois nos têtes se baissent, et nos mains poussent de plus en plus sur nos cuisses. Alors que nous étions seuls jusqu’alors en arrivant au ravito, nous nous retrouvons avec quelques coureurs à partager bananes et verres de coca. Les regards suffisent, les visages sont marqués, nous sommes peu loquasse, nous savons que cet arrêt n’est qu’un répit de courte durée. Et nous avons un nouvel allié  qui dorénavant ne nous lâchera plus, la fatigue.

Début du sentier du Taïbit, [1h26mn/7km - 18h42mn/97Km] 138°. Nous gagnons, sans trop savoir comment, des places. Nous repartons de plus belle. C’est raide, 1000m de D+ en 4km, et pourtant si long. Cette montée use autant notre physique que notre moral, nous n’en voyons pas la fin. Nous sommes alors en petit groupe, métro et réunionnais à avancer, à nous hisser. Pour arriver à un oratoire que l’on croit être le col. Non, il n’en est rien. Je commence à avoir des soupçons sur la définition et l’étymologie du mot col. Enfin nous y arrivons, enfin nous allons pouvoir basculer sur Mafate. Une pause s’impose. Nous sommes en altitude, je mets mon coupe-vent. La nuit tombe, je sors ma frontale. La vue est bouchée, à moins que ce soit moi, mais je n’aurai aucun regard vers un panorama tant attendu. J’ai faim, j’ai hâte de manger, j’ai hâte d’être au prochain ravito. Rien de tel qu’une descente pour retrouver un semblant de légèreté, une impression de vitesse, un sentiment d’avancer.

Marla, [1h55/6km – 20h39mn/103Km – 22mn41s] 133°, à peine passer le contrôle je commande à une gentille bénévole venant à ma rencontre, un verre de soupe au vermicelle, une assiette de poulet/riz, le tout en grignotant des tartines de pâtés. Me voilà attablé à arroser le tout d’un millésime 2010 de coca bien pétillant. L’arrêt est profitable, les batteries sont rechargées. Au revoir et encouragements mutuels avec les bénévoles, nous nous enfonçons dans la nuit noire. Dorénavant, nous sommes dans la course. Tel des cyclistes, avec Jean François nous nous relayons. Dans toutes les portions descendantes nous doublons. C’est bon.

Trois Roches, nous ne faisons que passer … Sans l’humour et les noix de coco, nous filons à la même allure que le preux chevalier en  quête du Sacré Graal.

Roche Plate, [1h53mn/8,5km – 22h56mn/111Km – 7mn] 121°, nous nous offrons deux bons verres de soupes et une bonne discut avec un bénévole. Le cœur, le moral, les jambes tout le monde est présent. Une brève explication de ce qui nous attend, un bref compte rendu de la tête de course et nous repartons. La nuit est toujours aussi noire, le faisceau de ma lampe me happe. Bien que le chemin soit descendant sur le profil, nous avons droit à de nombreux petits raidillons. Et surtout de nombreux cailloux à éviter, sauter, détourné, sans oublier (fruit de mon imagination ou réalité) une multitude de petites grenouilles, que je me force à éviter, qui n’ont rien trouvé de mieux que pour nous encourager de stationner au milieu du chemin.

Orangers, [1h10mn/5km – 24h12mn/116KM – 6mn43s] 116°, petite pause, quelques tartines sur un banc, remplissage des bidons. Un semblant de récupération, c’est mon tour d’avoir un coup de mou. Nous partons en petit groupe, pour arriver au captage des orangers. Nous ne pouvons apprécier pleinement  les lieux, mais nos lumières nous montrent de magnifiques vasques, ou il doit faire bon de se baigner en pleine journée. Le ciel est toujours noir, mais le son faisant appel à nos sens nous traversons ce lieu, haut en musique. A partir de maintenant je connais, je suis sur une portion de sentier que j’ai reconnu. Ce n’est pas pour cela que nous allons plus vite, mais nous pouvons anticiper chaque instant. Nous sommes sur une portion très variée, qui demande et qui permet la relance. Ce n’est pas aussi simple, la fatigue, fidèle compagne nous scotche au sol. A la vue de la lueur du ravito, nous reprenons un rythme de course.

Deux Bras, [2h12mn/10,5km – 26h31mn/127Km] 102°, sourires aux lèvres nous recevons notre classement. Nous nous battons et cela porte ces fruits. Pendant que je fais un petit arrêt à l’infirmerie, Jean François se ravitaille. A peine je le rejoints, il me fait signe qu’il est prêt à repartir. Les bénévoles nous signalent qu’il y a une vingtaine de coureurs qui sont entrain de dormir. Ni une ni deux, tout en mâchant un morceau de banane nous allons  vers la sortie.

Deux bras, [7mn – 26h38mn] 89°

Dernière difficulté, dernier gros morceau, la montée de Dos d’Ane. C’est très raide. Escalier, main courante, câble, échelle, très haute marche. Nous avons pris notre rythme, certes il n’est pas rapide mais il sera régulier jusqu’en haut. Seule une fusée réunionnaise nous déposera. Passage de l’échelle, nous sommes à mi pente. On continu. On tire, on pousse, tout est bon pour nous hisser. Passer ce tronçon de nuit nous permet de ne pas avoir l’appréhension du vide, qui est très impressionnant. Encore et encore un effort et nous arrivons aux gros bambous que je sais être salvateur, la fin est là. 1h 40 de montée, Dos d’Âne, c’est en musique et chansons que les locaux nous accueillent. Cyril est également là, les encouragements sont bien venus. Jean François en profite pour changer de chaussure. Le ravito est light, nous ne nous éternisons pas. Nous plongeons vers La Possession. Et le calvaire ne fait que commencer. Tout d’abord de la route, puis une longue, très longue portion descendante raide et cimentée. Je ne peux courir, mes genoux ne le supportent pas. C’est la première fois que je ressens une douleur physique. Cela me mine le moral, cette descente m’est très désagréable. Nous quittons alors ce calvaire, pour prendre un sentier. Et c’est avec soulagement que nous quittons cette route. Mais c’est la grande désillusion, le calvaire continu. Comme si nous n’avions pas compris que les sentiers Réunionnais pouvaient être dur. Mais là, il n’y a en contre partie, aucune satisfaction. Nous sommes dans un couloir encaissé, aucune vue, aucune horizon. Et encore et toujours, de l’escalade, des échelles, d’énormes rochers à gravir ou à désescalader. Moral et physique sont atteints, nous ne prenons aucun plaisir. A se demander s’ils ne vont pas nous faire passer par un accrobranche. C’est interminable. Et comble du bonheur, nous traversons lotissements déserts et no man’s land à l’approche de la ville. On s’attend à tout instant à devoir traverser une déchèterie. C’est le moral dans les chaussettes que nous arrivons au ravito.

La Possession, [4h41mn/15km – 31h19mn/142Km – 24mn56s] 84°, Jean François décide de faire un somme, de mon côté j’opte pour un massage. C’est le petit jour, comme nous les bénévoles ont de petits yeux. Enroulé dans une couverture, bien au chaud, je grignote et essaye de reprendre des forces. Encore un verre de soupe, et nous quittons ce ravitaillement. Nous avons une portion de route, à longer la voie rapide, pour arriver au début du chemin des Anglais. Un chemin bien particulier, fait de gros pavés, de toutes tailles, et surtout complètement désordonnés. Pas bon pour les chevilles, nous marchons et courons sur toutes les portions plates. Dans les descentes, du moins les premières, nous courons également. La vigilance est de rigueur, le moindre faux pas serait impardonnable. Comment ont-ils pu emprunter ce chemin avec des charrettes ?

La Grande Chaloupe, [1h36mn/5km – 33h21mn/147Km – 7mn] 85°, l’arrêt est de courte durée, nous n’avons pas l’envie de rester là. Nous avons plutôt le souhait d’en finir. C’est reparti, toujours sur le même chemin, un peu plus confortable, nous avons un raidillon de 45mn. A nouveau dans l’inconnu, nous découvrons le parcours. Un chemin des Anglais qui monte droit dans la pente. Puis de la route. Et encore de la route. Des lotissements. Un environnement et un paysage bien loin de tout ce que nous avons traversé jusqu’alors. Aucun intérêt. Une rage, une colère me gagne. Pourquoi nous faire passer là ? Cette boucle depuis Dos d’Âne, avec le passage à La Possession, est d’une fadeur déconcertante. Et surtout pourquoi nous faire emprunter autant de bitume. Les 15% sont dépassés ! Nous ne faisons que marcher, nous sommes seul. Enfin on en termine avec la route, en rentrant dans une forêt dense et sombre. Une montée pour rejoindre la crête, que nous allons ensuite prendre jusqu’au Colorado bien indentifiable par un dôme.

Colorado, nous sommes pointés 95°. Alors que nous n’avons pas vus depuis un certain de coureurs, nous avons perdu des places. C’est la première fois. Vite fuyons, mais une caméra pointe son nez vers moi et une journaliste me tend son micro. Je me contiens, et répond à ces questions, jusqu’au moment ou j’explose et lui donne mon impression de fin de Grand Raid. C’est Nul ! Jean François met fin, en me faisant signe du départ. Décidé, comme depuis que nous étions sur la crête, nous partons en courant. Rapidement. Il n’y a plus de stratégie, nous n’avons plus qu’une descente. On dévale comme des fous, peut être un peu trop d’ailleurs. Notre rythme est haché, et nous nous faisons encore doubler. Cela m’énerve, nous nous sommes battus, et nous risquions là de perdre le top 100. Jean François n’est pas bien, il est blanc. Notre allure est saccadée, et encore des coureurs qui passent. La fin est proche, tout le monde veut en finir, je ne peux les stopper et les empêcher de nous passer. Voilà un trio qui me double, et ce le Top 100 qui s’éloigne. C’en est trop, je craque, je pète un câble, envahis par toute cette colère accumulée depuis Dos d’Âne, je pars. Plus question de m’arrêter. Je dévale, je déboule, je double. Puis, droit dans la pente, j’en finis avec cette dernière difficulté. Je passe sous le pont, il ne reste que quelques centaines de mètre. Droit devant, un coureur ne cesse de se retourner, il ne fait qu’attiser ma hargne. Je l’aurais. Les jambes sont à plein régime, inutile d’en garder sous le pied, je vais battre mon record du kilomètre. Juste avant de rentrer dans le stade, je gagne une place, je l’ai doublé.

Stade de La Redoute, [3h14mn/16km – 36h36mn/ 163km] 91°. J’ai bien fait, ma colère c’est dissiper dans ce dernier effort, je peux alors apprécier. Tee shirt, médaille, chrono, c’est fini. Sourire aux lèvres j’ai envie de remercier et féliciter tout le monde. Cyril est là, inquiet il ne comprend pas pourquoi je suis seul. Nous attendons. Il en faut peu, et Jean François rentre dans le stade : 99°

Nous sommes dans le Top 100, nous sommes Fous

Générique :

Bouf :

14h/22h : 1l de Malto sqeezy
18h30 dans le bus : pâte/jambon, 1 yaourt, 1 pomme
Avant départ dans l’enclos :
2 barres Sqeezy de 50g

Pendant la course :
2 fois 2 gels (40g InKo) dans fiole avec eau, départ puis Cilaos
2 gels Sqeezy 25g
1 gel 40g Inko
5 barres
1 Guarana (Cilaos)

Arrêt Cilaos : pâtes/poulet, compote de pomme
Arrêt Roche plate : riz/poulet
A de nombreux ravito, 1 à 2 verres de soupes aux vermicelles
2 bidons de 75cl + 1l d’eau plate dans poche à eau en réserve (pour toute la course)

Course :
Un prévisionnel de 32h sans connaissance particulière de la spécificité du terrain réunionnais.
Route du Volcan :      5h24 pour 6h, 36mn d’avance
Piton Textor :              6h39 pour 7h30, 1h d’avance
Mare à Boue :             7h51 pour 9h, 1h d’avance
Caverne Dufour :       14h40 pour 15h, 20mn d’avance
Cilaos entrée:             16h06 pour 16h

Reconnaissances :
Dimanche : 27km / 5h 32mn / 1513mD+ – Canalisation des Orangers / Ilet des Lataniers / Ilet des Orangers / Deux Bras / Dos d’Âne
Lundi : 12km / 2h 25mn / 516mD+ – Aller/Retour La Possession / Grande Chaloupe
Deux reconnaissances bien utiles, qui me permettront de partir sans objectif et d’être détacher de tout prévisionnel. C’est bien trop raide !

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100Km de Belves – 2010

Belves – Périgord Noir

Une fois n’est pas coutume, j’ai mangé du bitume …

Ce n’est pas, et de loin, ma surface préférée. Et pourtant il y a eu des heures d’entrainements, à trouver et varier les boucles autour de la maison. La surface est dure, et je me sais fragile des articulations et du dos. Mais cela va bientôt cesser…
Nous sommes sur la route en direction du Périgord pour les 100Km de Belvès. Nôtre premier cent bornes !

Autre première, nous avons prévu de faire cette course accompagnée de nos femmes. Imprévu et occurrence nous ne serons que cinq (sur 8 prévus) : Mr et Mme Grenat, Mr Turquoise et enfin Mr et Mme Indigo.
Mme Indigo n’est pas sportive, elle considère que j’en fais suffisamment pour deux. Comme sa préparation ne sait résumée qu’a deux sortie de 20km (il n’y a pas que ces mollets qui s’en souviennent), elle ne s’est fixée aucun objectif. La veille nous avons, récupéré un vélo que j’ai customisé, et envisagé un plan d’action à la lecture du parcours : pas de pression, on avance et l’on voit jusqu’où l’on va !
Le parcours au départ de Belvès fait un aller/retour à Sarlat, en longeant la Dordogne tout en côtoyant un maximum de châteaux.

8h du matin, 24 avril, le départ est donné. Environ 900 coureurs (500 sur le 100 et 400 sur le 50) prennent le départ. Il n’y a pas de flonflon, les tenues sont légères, le beau temps est au rendez-vous.

Une boucle dans Belvès, puis une grande descente vers la Dordogne annoncent une journée difficile. J’ai une douleur à l’avant du tibia qui me lance, qui me fait boiter. Cela n’est pas bon pour le moral, mais parfait pour ne pas s’emballer et se caler sur un rythme raisonnable. J’ai réglé le podomètre sur une vitesse mini de 9,5km/h et maxi de 12,2km/h. Au moindre bip, je ralentis. Le peloton est fourni et silencieux. Chacun construit sa bulle.

Km8, tous les accompagnateurs à vélo sont là à guetter leur coureur. Je passe tranquille, je sais que Mme Grenat et Mme Indigo ne sont pas là. N’ayant pas pris leur café, elles sont parties après nous et auront donc la tâche de nous rattraper.

C’est la première fois que je pars sans eau, sans sac, sans rien. Je ne peux donc boire et manger à ma guise. Je décide donc de m’arrêter à tous les ravitos. Il y en a 20 sur tout le parcours, et ils sont très bien achalandés (eau, glucose, rillettes de canard, pâté d’oies, pruneaux, figues, coca, eau pétillantes, bière, Bergerac,…).

Km10 : 53mn / 53mn (11,6km/h) 34mD+ / 146mD-

Le revêtement défile, le rythme est apprivoisé, on longe la Dordogne. Son débit est fort, contrairement à cet été il n’y a ni Canoë, ni kayac. La circulation n’est pas totalement arrêtée, sur les grands axes coureurs, vélos, voitures, bus et camions essayent de trouver leurs places. Alors que l’on approche St Cyprien, je sens arriver derrière moi un vent de bonne humeur. C’est Madame Indigo, qui met l’ambiance. Elle charrie, blague discute avec les  coureurs et leurs accompagnateurs. Elle a la banane, j’ai la pêche. Alors que je lui fais un bilan de mon état, en me faisant un auto scan, je prends alors conscience que je n’ai plus de douleurs sur le tibia … depuis quand ?

Km 20 : 1h48 / 55mn (11,2km/h) 15mD+/ 18mD-

Des châteaux (Bézenac, Beynac), de magnifiques villages (St Vincent de Cosse), de superbes maisons sont là pour décors. La pierre locale est belle. Les heures passent, je passe aux minis sandwiches aux rillettes d’oies. Je lorgne sur le Bergerac, ce n’est pas raisonnable. Mme Indigo le goutera … Le peloton coure bien, les vélos font le yoyo. Entre des arrêts plus longs aux ravitos, un petit peu d’assistance à Mr Turquoise (parti devant), Mme Indigo se promène et profite.

Km30 : 2h44 / 56mn (11,2km/h) 29mD+/24mD-

Si les « centbornards » continuent sur leurs rythmes, quelques 50Km partis trop vite accusent le coup. Il n’y a pas un morpho type, il y a de tout et tout équipement. Le bitumineux est plus hétéroclite que le traileur. Vitrac, Mm Indigo partie devant, fait une pause et m’encourage. Nous entamons la boucle qui nous mène à Sarlat. Dans quelques kilomètres, dans quelques heures nous repasserons par là.

La Roque Gageac, Vitrac

Km40 : 3h42 / 57mn (10,8km/h) 106mD+/96mD-

Le dénivelé fait son apparition, et cela n’est pas déplaisant. Il casse la monotonie, mais il modifie les appuis et la foulée. Les douleurs se font naissantes, à l’entrecuisse la pubalgie pointe son nez (je la redoute, elle m’a déjà valu un abandon sur Marathon). Le relief impose au peloton un rythme plus lent, le kilométrage se faisant, sa foulée est un peu plus hasardeuse. Les visages se ferment, et de plus en plus de coureurs marchent !

Marathon : 3h56

Heureusement, merci pour le décor, nous empruntons une ancienne voie ferrée qui traverse fossés, gorges et bois. En contrepartie, c’est un long, très long faux plat montant qui nous mène à Sarlat.

Surgie de nulle part, Mm Indigo arrive à ma hauteur : « ça va ? ». Je suis surpris, ne la voyant plus, je m’étais fais à l’idée qu’elle s’était arrêtée à Port Vitrac en attendant mon deuxième passage. Je quitte ma bulle pour un moment, et nous partageons notre enthousiasme sur le parcours, sur la région, les ravitos. Un moment délicieux, ou les jambes bien que fatiguées avancent machinalement, la tête est au partage.

(Montfort, Carsac)

Km50 : 4h46 / 1h04mn (9,6km/h) 115mD+/66mD-

La séparation est faite, il y a ceux qui ont fini et ceux qui continuent. Le plat de bosses n’est pas terminé. Le bib bib de la montre se manifeste à  chaque côte. J’en profite pour marcher et j’essaye tant bien que mal de me détendre et de récupérer. Effet de boucle, de douleur, de fatigue, le temps se fait long. La météo est excellente, la brume du matin fait place à un soleil radieux. Peut être un peu trop d’ailleurs, il fait chaud. La température du corps monte.

Km60 : 5h56 / 1h09mn (9km/h) 92mD+/139mD-

Nous revoilà sur les bords de la Dordogne, Mme Indigo est à mes côtés et me lâchera plus. Nous sommes seuls. Les coureurs sont espacés, il n’y a quasiment plus que des binômes coureur et cycliste. A partir de maintenant, je ne vais cesser de faire le yoyo avec mes compères de fortunes. Je reste plus longtemps au ravito (j’en ai raté aucun), je cours plus vite entre chaque. Castelnaud, un ravito au pied du château ! Nous sommes tous deux souriants avec nos douleurs respectives.

Km70 : 7h07 / 1h11mn (8,6km/h) 30mD+/32mD-

Il fait chaud, le temps s’allonge au ravito. Je rajoute une douche à l’éponge à chaque fois, elle permet de refroidir, tête et jambes. Je fatigue. Bien que je ne m’étais pas fixé d’objectif, je sais maintenant que je serais au dessus des 10h. C’est idiot cela me mets un coup sur le moral. Je ne parle plus, mes yeux sont fixés quelques mètres devant mes pieds, j’en ai marre. Je dois me motiver. (Allas les Mines) Je m’assoie au ravito sur un banc et profite pour discuter plaisanter avec Mme Indigo. On reste un instant, on se détend, on regarde les coureurs et leurs accompagnateurs, on discute avec les bénévoles. Mme me signale qu’elle ne souhaite pas passer la nuit ici, et me somme de repartir. J’obtempère et je file

Km80 : 8h19 / 1h12 (8,6km/h) 67mD+/74mD-

De nouveau le terrain est plat, et pourtant le bip de la montre se fait présent. Je déprogramme, ce n’est pas bon de se savoir en dessous de 9,5km/h. Le moment est difficile. C’est dur. J’ai mal partout. J’ai envie de marcher, mais celle-ci est encore plus douloureuse. Autant courir, cela passera plus vite. Sensation très particulière, de ne pas savoir faire autre choses que courir et souffrir de courir

Km90 : 9h38 / 1h19 (7,8km/h) 18mD+/18mD-

Le temps coule. L’Objectif est là. On sait l’un comme l’autre que l’on ira au bout, en combien de temps ? On sait également que les deux derniers kilomètres sont en montée. L’écurie, la montée, la bière, la fin, je retrouve un semblant de moral et essaye une foulée plus aérienne. Mme Indigo part devant, afin d’entamer la côte avant moi. Puis, un bon moment après je l’aperçois arrêté au bord de la route. Angoisse, je me dis qu’elle doit avoir crevé, et je ne sens pas, mais alors vraiment pas, en mesure de l’aider. Arrivant à sa hauteur, elle se retourne, sourit, elle est au téléphone ! C’est donc le final. Au pied de la côte je pars, le dernier dénivelé salvateur. Je l’attends, je pars, on arrive ensemble ou séparément, grande question ? Je pars et l’encourage à grand cri. Elle me fait écho, nous avons beau avoir mal partout, nous sommes bien …

Je passe l’arrivée, et repart aussitôt à sa rencontre, la deuxième est la meilleure nous sommes main dans la main.

Km100 : 10h53 / 1h14 (8,2km/h) 111mD+/18mD-

Direct je pars au Kiné et infirmières. Puis bières, Bergerac et confit … c’est notre fête !

C’est gagné.

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Ultra Trail Atlas Toubkal – 2009

Des Cabrèsiens en goguette,

Nous voilà fin prêt, nous sommes tous quatre avec nos sacs cabine à l’aéroport de Marseille entrain d’attendre notre embarquement pour Marrakech. La préparation physique est finie depuis longtemps, les sacs quant à eux font l’objet de multiples échanges et hésitations. A voir le nombre de kilo embarqués par chacun, il y a fort à parier que nous n’avons pas encore fait nos choix définitifs, et que le contenu de notre sacs sera notre principale préoccupation avant le départ. Nous profitons de cette saine préoccupation, l’instant est agréable, nous partons à l’aventure. L’expérience est nouvelle, c’est une première édition, nous ne serons pas nombreux (24 au départ), l’altitude moyenne de la course est au environ de 2500m, et nous serons en semi autonomie. Des facteurs qui ne nous permettent pas une grande assurance, des facteurs qui nous procurent toutes ces incertitudes, tous ces sourires.

Marrakech aéroport, nous avons choisi d’arriver en tout début de semaine, un jour avant la mise en place de navette par les organisateurs. Nous prenons donc un grand taxi, direction Oukaïmeden. Le temps est couvert. Dés que nous quittons la plaine, et attaquons les premières pentes, la route se fait sinueuse. Les paysages se dévoilent à chaque virage, nous traversons plusieurs villages. L’allure n’est pas rapide, cela n’est pas pour nous déplaire. La route ruisselle, les ornières se multiplient, le brouillard s’installe. Blanc devant, et de tous les côtés nous ne voyons plus rien. Nous suivons alors notre évolution avec nos baromètres. 2600m, nous devrions y être. A l’instant ou notre chauffeur nous demande ou doit-il nous déposer, un léger dégagement du brouillard nous permet de voir notre hébergement pour la semaine : le CAF de Oukaïmeden. Nous sommes reçus par Michelle, la gérante. Nous serons ses hôtes, avec son équipe elle nous préparera les petits déjeunés et les repas du soir. Le refuge est loin d’être plein, quelques coureurs espagnols et bénévoles sont là.

Premier jour, nous profitons d’être là pour nous acclimater. Le temps est toujours mauvais, couvert et pluvieux. Nous faisons tout de même une ballade. Au retour, nous avons plus ou moins tous les jambes lourdes et de légers maux de tête. Sans grande concertation nous nous fixons alors un régime draconien : balade, sieste, balade, sieste. Ainsi est née la sieste du matin, l’objectif étant de faire du jus.

Bien sur nous n’oublions pas de nous restaurer, et goutons le tajine du boui-boui voisin. Il deviendra très vite notre déjeuné quotidien.
Tandis que les concurrents arrivent au rythme des navettes, nous mesurons les biens faits de notre acclimatation à nos mines reposées.
Oukaïmeden, est la plus haute station de sport d’hiver du continent africain. Il y a six téléskis et un télésiège qui monte à plus de 3200m.  Quelques hôtels, dont un quatre étoiles, constituent pour l’essentiel les constructions de cette station. Nous sommes la veille du grand saut, le beau temps est là, nous faisons une dernière balade. Nous rejoignons avant un col une caravane de mules et de bénévoles. La difficulté d’accès du parcours, oblige l’acheminement du matériel aux postes de contrôle à dos de mules et d’hommes. On mesure alors l’ampleur de l’organisation, la beauté des paysages.
Alors que nous rebroussons chemin, nous quittons les bénévoles, sur fond de Toubkal au sommet enneigé, et les laissons à leur marche d’approche 30 à 40km pour certain.


Tout le monde est là, 24 concurrents pour le 100km et ?? pour le 45km. Chacune des courses à droits à son briefing. Nos trois organisateurs, Cyril, Brise et Richard forme une équipe solidaire et complémentaire. La sauce est prise, nous nous laissons guider par leurs préconisations. Rien n’est oublié, le parcours et ses difficultés, les paysages et leurs beautés, le mal d’altitude, la météo, l’évolution en zones isolées, etc … Enfin, pour nous rassurer, pour les rassurer, pour que nos familles puissent nous suivre, nous serons équipés d’une balise SPOT. Malheureusement pour nos familles, elles n’auront pas eu un grand intérêt, heureusement pour nous et les organisateurs nous n’en n’aurons pas l’usage.

Jeudi 1° octobre, 5h30 (heure marocaine), nous sommes sur la ligne. Pas de musique, pas de haut-parleur, pas d’hélicoptère, le décor est là. L’instant suffit. C’est parti !

Je pars un peu vite, c’est volontaire pour faire une photo, mais je ne prends pas le temps de me retourner, je suis happé par des bolides. Quelques uns partent comme des boulets, que je croie être sur le 45km. A tort, l’un d’eux sera le vainqueur du parcours long. Pas de suspense, au bout de 3mn le vainqueur est désigné. Les premiers kilomètres sont plats, c’est bon pour les réglages, bon pour se trouver un rythme, bon pour rentrer dans la course, bon pour oublier le reste. En même temps que le soleil dévoile ses premiers rayons nous gravissons notre premier col, passage à 3100m – Kilomètre 10. La vue sur la plaine de Marrakech est sublime. Le passage du col est grandiose. Je n’ai aucune idée de ma place, et je n’ai aucune envie de me griller dans la descente qui nous attend. La lumière matinale nous offre un village en fond de vallée, Timichchit, avec culture en terrasse. Plus on descend, plus on prend conscience du lieu, plus en s’enfonce dans cet environnement berbère. Je me laisse guider par l’euphorie. Village, culture en terrasse, maison en pisée, passage à l’ombre des noyers, sourires des autochtones, minarets, troupeau de chèvres, ânes au travail, mules chargées, canaux d’irrigation, muret de soutien, nous foulons les terres d’un peuple. Nous échangeons sourires et signes de mains, je suis heureux. C’est bien plus qu’une course !

Jusqu’au trentième nous évoluons sur une piste, à flan de montagne depuis le premier village. Je suis avec un espagnol, pardon un Basque. Solidarité oblige, on discute, on se suit, on s’attend, le rythme est tranquille. Comme prévu au ravito : j’humidifie mon taboulé lyophilisé, je fais le plein d’eau, je grignote un peu. Alors que je m’apprête à partir je reconnais au loin une silhouette. Laurent arrive tout sourire, il est en forme. Je pars seul. Jusqu’au kilomètre 80, le parcours n’est plus accessible qu’à pied.

L’UTAT, c’est à partir de maintenant.

Une descente pour nous faire franchir  la rivière en fond de vallée. Puis une montée. Une bonne montée. Un sentier raide qui nous mène et nous fera traverser le village berbère le plus reculé de l’ATLAS. Il fait bon, on se fond au paysage, on s’enfonce dans un autre monde. De-ci delà un sourire, un Bonjour plus qu’un Salam, on croise quelques personnes. Quelques femmes que j’imagine aller faire leur course, quelques jeunes et leur téléphone/musique, marchent d’un bon train, mais où vont-ils ? Au détour d’un virage, une vallée s’élargie puis s’étire, pour nous offrir une vue surplombante sur le village. Celui-ci n’est fait que de gradins couleur terre. Nous avons pendant un bon bout de chemin un dénivelé positif à nous farcir, ça monte. Ça monte. Rattraper par trois jeunes filles qui virevoltent de cailloux en cailloux, je continue imperturbablement sur mon rythme. J’essaye de discuter, nous essayons d’échanger quelques mots. Je n’aurai droit qu’à du Misieur, M’dam B’jour ! Cela pendant 20mn non stop et à tour de rôle, elle ne me lâche pas, je ne l’ai lâche pas. Nous arrivons au col, elle me laisse choir en fond de vallée.

Je dévale la pente. En bas, au passage d’un gué à l’ombre de noyers, je m’arrête. L’instant est calme et apaisant. Un des concurrents, le seul local, me rejoint. Parti un peu trop vite, il accuse le coup, et se plaint de ses pieds. Plus précisément des ses chaussures, alors qu’il avait obtenu par les organisateurs et concurrents des chaussures de trail, (c’est ainsi qu’une paire de pompe de Bernard a fini deuxième au parcours court) lors de la traversée du dernier village il a préféré retrouvé les sensations connues de bonnes chaussures de montagne. Nous discutons un peu, et partageons quelques noix de cajou. A nouveau une montée régulière. Je sens mon rythme s’affaiblir. J’ai peu mangé jusqu’alors, je décide d’aller jusqu’en haut et de faire une pause. Alors que je me fais une fête de manger un taboulé, pas un grain de semoule ne passe. Il est sec, comme ma bouche. Il n’est pas bon. Je me force. J’ai trop attendu ! A ce moment là Laurent passe, il a l’air toujours aussi bien. J’essaye encore, rien. Je repars, mais le moral en a pris un coup. Dés que le dénivelé est positif, je sens que cela tire de partout, que je me traine. Un haut col est à passer, je ne souhaite pas à avoir le gravir tout seul, je fais de mon mieux pour rattraper Laurent. Le paysage c’est adouci, nous longeons des cultures et des canaux d’irrigations pour arriver au pied du mur. Je me crois ragaillardi. J’embraye dans sa foulée, et nous montons. Je suis vide, je suis à plat, j’en bave. 3000m d’altitude au col, un médecin nous « reçoit ». Laurent tout sourire affiche un 120 de fréquence cardiaque, il pète le feu ! Moi, je suis blême, en appui sur mes bâtons j’ai droit au regard inquiet du médecin. N’arrivant toujours pas à avaler quoi que ce soit, je lui bois la moitié de sa bouteille d’eau. Seule l’eau passe. Le ravitaillement n’est pas loin, j’ai hâte d’y être et de me prendre une bonne soupe. Le ravito n’est pas loin, qu’il nous a dit ! Je m’impatiente, je trouve le temps long, et le chemin épuisant, je rêve d’une bonne soupe. Le sentier ce peuple, nous approchons les résidences d’été. Certains préparent la terre, charrue tirée par une mule,  pour la trêve hivernale.

Mais ou est ce foutu ravito ? Le voilà, j’enlève mon sac et me pose, et m’attend à avoir de La soupe. Le service est limité, il n’y aura que du thé sucré. Je me prends un bol, je n’aurai pas le temps de le finir … que tout est renvoyé. Si physiquement la sensation est pour le moins surprenante, je ne me sens pas malade, mais vide. Je dois faire un break. Laurent est prêt. Je le sens hésité, et le force à partir. Il est en forme, je ne dois pas lui casser son rythme. Emmitouflé sous une montagne de couverture, j’essaye de retrouver mes esprits. L’abandon en cet endroit est inutile, puisque la seule issue est à pied avec un col à plus de 3500m ! Je réclame de l’eau chaude, pour me faire une soupe. Je tente du solide, en vain. Des concurrents passent. C’est la fin d’après-midi, les rayons du soleil ne nous frappent plus, la nuit s’approche.  Après quelques heures, je me décide à repartir. Couvert de tous ce qu’il y avait dans mon sac, et de la frontale, je pars. Je ne suis absolument pas dans le scénario escompté, je me dois de passer le point le plus haut du parcours en pleine nuit. Je profite des dernières lueurs du soleil et du clair de lune pour repousser au maximum l’instant, ou je devrais allumer ma lampe. Ces instants sont magnifiques et magiques, j’en oublie mes malaises. Et reviens l’envie. Le balisage est fait avec parcimonie, la concentration doit être grande. Nous longeons des mini canaux d’irrigation (j’aurai les pieds mouillés). Pas de lumière, quelques bruits de cloches, juste le souffle. Le chemin devient sentier, puis se perd dans un pierrier. C’est l’ascension du col. Je renifle avec ma lampe, tel le chien de chasse, je suis à l’affût de la moindre marque de peinture. Il n’y a pas vraiment de trace, le sol est complètement instable, il fait nuit noire. Devant deux points de lumière. Ils sont plus hauts. Je quitte le chien et devient marin visant le phare. Même si celui-ci bouge, il me fait gagner du temps. Je fais dans un premier temps le yoyo, histoire de faire des pauses et me reposer, puis je les rattrape. A trois, les relais sont plus fréquents et le balayage est plus rapide, les marques ne nous échappent pas. J’ai recouvré la forme. Alors que je prends la tête pour gravir les derniers instants, je m’emballe, je m’emporte, tous juste si je ne chante pas, j’en oublie mes compagnons. Au col, deux bénévoles se réchauffent avec un feu. Ils ont peu de combustibles, ils n’en n’auront pas pour toute la nuit. Inquiet j‘attends mes compagnons, et profite de cet instant pour partager quelques mots. Je n’ai toujours rien pris de solide, mais l’eau et quelques gels très dilués font l’affaire. Au bout d’un bon moment je repars, droit dans la pente. Au briefing, ils nous avaient bien prévenus, attention à la descente ! Je descends donc. Mais au bout d’un certain temps, je trouve la pente à la limite du raisonnable. Je fais demi-tour, et remonte au col. L’effort est nécessaire et s’avère salutaire, je partais direct vers une barre rocheuse. Remis en selle, par un alignement de points, la descente se précise. Elle est raide, faite d’une monotrace, sans une hésitation elle se déroule. 10km avec un  dénivelé négatif. Le pied. Nous arrivons sur Imlil, Kilomètre 80, troisième ravito et deuxième chaud du parcours. L’arrivée est douce, j’ai des ailes. J’effleure le sol, je rentre dans une ville endormie. A la sortie de celle-ci je découvre la tente du ravito. Infirmière, médecin et autres bénévoles sont là à attendre le coureur. Chauffeur et autres locaux ont réquisitionné les tapis pour se rouler dedans, et dormir. Si j’ai le sourire, je suis accueilli à grand bras ouverts. Avec de la Soupe. Un délice de soupe ! Du chaud, du solide, des sourires, des encouragements, pourquoi se plaindre. Je refais mon sac, je transvase, je trie, je me change, je mange. Un deuxième bol ? Oh oui volontiers ! Dommage ! Je n’ai pas le temps de demander la sortie, je me précipite derrière la tente …
Je reviens, je ne suis pas le même. Je suis blancs, je grelote, j’ai froids, j’ai les yeux hagards. Ni une, ni deux le médecin me couche, et me couvre de couverture. Je suis dans les spectatives. Prise de tension, il évoque la transfusion. Heu, si j’peux me permettre un petit repos pourrait suffire ! Je ne sais comment j’arrive à le convaincre, et je reste là. Sous couverture et duvet à greloter. Je ne fermerai pas l’œil, et je les sens inquiets. Ce n’est pas pour me rassurer, car j’ai encore un petit bout de chemin à faire. Au bout de deux heures, deux concurrents s’apprêtent à partir. Je ne laisse le temps à personne de réagir, sur mes deux pieds, j’enfile mon sac et leur emboite le pas. Il reste 20/25km et … de dénivelé positif. Qui à dit que je n’étais pas en forme ! Dés le premier raidillon je les dépose. J’ai retrouvé mes baskets ailées, j’alterne gorgée d’eau et gels très dilué toutes les 10mn. Je file. Je suis bien, c’est la nuit. Nous traversons un village endormi. Je joue, je passe mon temps à me retourner, et mesurer l’intervalle grandissant avec le deux points lumineux qui me précèdent. J’avale les km et les dénivelés. Je sens l’écurie, je veux arriver avant le jour. Puis, alors que je monte, bien au dessus j’ai une lumière en point de mire. Je dois la rattraper. Je change de vitesse, et de braquet. Mais qui cela peut bien être ? Un sentiment partagé, je fais tout pour l’atteindre au plus vite et en même temps j’ai l’angoisse de voir Laurent. Je dois en avoir le cœur net au plus vite ! Nos rythmes sont différents, j’ai vite fait de l’avoir. Je ne connais pas cette silhouette. Il est à la ramasse, il est complètement out. A son niveau, je lui demande s’il a besoin d’aide, à boire ou à manger ? Rien. Je lui demande de me suivre, il ne peut. Je continue mon chemin. Je laisse un breton à la dérive. Il n’y a plus qu’un col à passer, puis une descente que nous avions reconnue. La sensation de connaitre les lieux. Je ne sais comment, mais j’ai l’impression d’accélérer. Dernière descente, j’allonge la foulée, je lève la tête, je balance les bras, je délire. Je rêve debout, la foule est en délire, le stade est plein. Je savais qu’il ya avait un marécage, mais trop tard. Splach ! Les pieds mouillés me vont revenir à la réalité.

Quelques lampes éclairent la route, et les constructions la bordant. Je cherche du regard l’arche, rien. Une lumière, rien. Des gens, rien.

Bon, ben j’ai fini.

Je n’ai plus qu’à rentrer au refuge. Un fois pousser la porte, l’un des organisateurs penché sur son ordi, essaye de suivre les coureurs via les balises. Il lève la tête, le regard est chaleureux, toute la convivialité et l’aspect familial de ce trail s’y révèlent. Nos sourires se croisent. C’était une course ?

Je tente le bol de soupe, et quelques tranches de pain. Tout passe.
Une douche et au lit.
Le lendemain, comme si de rien n’était mon estomac en demande et redemande. Nous irons même avec Laurent à la santé, de Bernard et Jérôme toujours en course, nous engloutir un tajine chacun.
Ils arriveront tous sourires, et toutes les étoiles de nos nuits d’efforts incrustées dans leurs yeux.

Le bonheur !

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Libyan Challenge 2009

Course non stop de 200km dans le désert de l’AKAKUS (Sud de la Libye) en autosuffisance alimentaire. Ravitaillement en eau possible et vital à chacun des 9 CP échelonnés sur le parcours. Pas de tracé, pas de marquage nous sommes dans une zone classée patrimoine mondiale de l’UNESCO, l’orientation se fait uniquement au GPS. Nous serons 123 concurrents de 15 nationalités différentes.

En préambule et pour mise en condition, comment c’est fait la préparation, depuis début janvier :
CàP : 46h / 432Km /  10 900m de D+
Vélo : 5h / 120Km / 1225m de D+
Natation : 6h
Yoga : 6h
Et surtout, et c’est peut-être le plus dur, comment conjuguer le trio famille-boulot-entraînement ?
Quand le boulot prend déjà 10h par jour !
L’entrainement est relayé entre midi et deux (45mn de piscine, ou du fractionné sur tapis, ou de la PPG). Et le plus souvent, le matin à 6h du mat ou/et le soir à partir de 22h, avec la frontale pour arpenter l’environnement proche de la maison. Plus quelques sorties longues calées les Week-End.
Il y a bien des fois ou les proches en ont eu marre de me voir, sans trop savoir si j’étais en retour ou en partance, dans ma tenue de scène. Le sentiment de vivre en parallèle a souvent été évoqué …

Dimanche 22 février, il est 7h passé, je serais le dernier à arriver à l’enregistrement. Forcément j’avais pris la précaution de dormir dans un hôtel au plus proche de l’aéroport !!

L’avion est affrété spécialement pour nous, il est rempli d’une grande majorité des coureurs et d’une partie des bénévoles. Ceux qui n’auront pas fait le voyage la semaine précédente au départ de Nice en 4×4. L’ambiance est décontractée, je reconnais quelques visages connus ça et là lors de précédentes courses, dont une forte majorité croisée lors de la Trans‘Aq de l’été dernier. 4/5 heures de vol, je profite d’avoir une rangée pour me reposer et déconnecter.
Nous sommes reçus par Jean Marc, l’organisateur. Il nous appelle un par un, par notre prénom, tel des collégiens par ordre alphabétique pour passer les formalités d’entrée sur le territoire.

14h, heure local nous avons tous passé la douane et le contrôle des sacs. L’ambiance est sèche, l’aéroport et les douaniers sont froids. J’ai du ouvrir mon sac et exposer son contenu, drôle de grimace du douanier, lorsqu’il est tombé sur un sachet tenu par un élastique contenant de la poudre blanche. Poudre pour laquelle il a fallu que j’explique tel le mime Marceau, que je l’utilise et que je la consomme dans des bidons comme boisons énergétique.

Nous sommes à Sebha, ville du centre de la Libye.

De là nous sommes transférés vers Ghât en bus, à plus de 500km de route en 7 heures.
Cap à l’Ouest puis au Sud, désert à gauche, désert à droite, le ton est donné. Nous y sommes !

Bercés par les suspensions usées d’un bus roulant sur une râpe à fromage nous arrivons au campement « le camping des Dunes », la base vie, vers 21h. Les traits sont tirés par la durée du voyage, un bref briefing par le staff, un bon repas servi, chacun se dirige vers la chambre qui lui a été attribuée.
La première nuit sera fraiche …

Lundi 23 février, ultime préparation, dernières vérifications et contrôle du sac. Je suis à l’écoute, et j’enregistre toutes informations que je juge intéressantes sur le nécessaire et stricte nécessaire, sur l’optimisation possible, sur le fonctionnement du GPS, sur le parcours, sur la nature du sol, etc … Chacun y va de son expérience, il n’y a pas de place au fanfaron et au superflu, tous sont prêts à partager leurs expérience sur ce type de course. Cette journée permet justement de percevoir l’ambiance. Celle des coureurs, comme celle des bénévoles est agréable, conviviale, plaisante et détendue. Je ferais un dernier ajustement de mon barda. La journée est ponctuée par les repas. Avant celui du soir, nous avons droit au briefing. Fait à l’appui d’une projection et sur la base du road book, toutes les recommandations nous sont données : la nature des CP, les équipes les constituant avec spécialités des personnes (Osthéo, podologues, infirmières, médecin), la nature du terrain, les difficultés de celui-ci, la localisation de gravures, les particularités de certain lieu traversé, la dangerosité de quelques passages, la procédure d’urgence et le fonctionnement de la fusée de détresse, etc … Et enfin en point final, rendez vous est donné au lendemain 7h pour le départ de la livraison en bus de toutes cette bande de tortue Ninja sur la ligne de départ. Elle est à 1h30 de bus …

Mardi 24 Février, 9h je suis au départ !
Sourire de circonstance, derniers besoins, nous sommes accoutrés de notre équipement, du plus high-tech au plus sommaire, du plus lourd au plus léger. Encouragements, poignées de mains, dans 30mn c’est le début de notre Challenge !

C’est un beau jour pour mourir, comme dirait Grand Chef Sioux…

1, 2, 3, Partez !

Je pars tranquille, j’ai mon podomètre calé sur 10km/h. Les premiers kilomètres sont là pour juger de l’efficacité du chargement, pour ajuster les réglages, pour sentir le sol et surtout pour dégager cette pression emmagasinée lors des derniers instants.
L’affaire est mal engagée : j’ai tout de suite des douleurs aux releveurs, qui me donnent l’impression de boiter. J’ai mon ventral qui ne cesse de balloter. La bouteille, mise sur le ventral, est à tout instant à la limite de la chute, je suis obligé de la tenir d’une main. Je ne suis pas dans mon assiette. Tout en marchant je serre, j’ajuste, je sangle mon chargement pour qu’il ne fasse qu’un. Et espère que la douleur ne soit que passagère.
Il me semble qu’ils sont nombreux devant, je suis entre la première féminine et la deuxième. Cette position me convient, et je compte bien la garder. Le terrain est dur, plat, caillouteux, presque ennuyeux. Arrive un col à franchir, enfin du dénivelé et surtout l’occasion de lever la tête, de prendre du recul et d’avoir un panorama, de prendre mesure de l’environnement dans lequel nous sommes.
Au col, un arrêt s’impose pour la photo et la contemplation. Après une  grande respiration, je plonge vers l’autre versant. Une descente !


Salam aux Touaregs et leurs dromadaires, deux mondes se croisent, je me laisse aller … Plus de douleurs, plus d’angoisse, je file. Cela fait à peu prêt 2h que nous sommes partis, la caravane est étirée. J’ai en point de mire un coureur, les féminines sont derrières, mon rythme est régulier.

CP1 : 2h57mn – 24km – 439mD+/278mD- : 2mn d’arrêt

L’arrêt est bref. Je respecte les consignes, « chargez vous en eau au maximum jusqu’au CP3 ». J’en oubli de lever la tête est de contempler les gravures rupestres …
Nous sommes à nouveau sur du plat, fait de grandes lignes droites. Je reste concentré sur ma foulée, et dépasse et dépose les coureurs Libyens partis comme pour un 10km !!
Surpris je rejoins le numéro 2 (le deuxième de l’édition précédente), il est collé par un Irlandais. Nous sommes au milieu de rien, nous évoluons sur un océan de cailloux d’où émerge tel des icebergs immobiles des masses ocres et noires. Ce n’est pas déjà les hallucinations, mais tous simplement un environnement dénué de tout sous la lumière écrasante de la mi-journée. Rencontre aussi improbable que furtive, des enfants Touaregs silencieux nous regardent passer. Ils habitent là.

CP2 : 2h36mn – 20Km – 33mD+/58mD- : 15mn d’arrêt

Le soleil est au Zénith, je profite du CP pour prendre un peu d’ombre. Je grignote quelques noix de cajou avec un thé vert. Pendant ce temps, la première féminine Alexandra R. passe. Je ne la reverrai plus. Je m’arrache de se havre disposé sur un banc de sable. Le prochain Cp est loin, il ne s’agit pas de s’éterniser. Je repars, seul. Nous serons quatre, tout en gardant nos distances, à faire le Yoyo. Joey K. un chanteur Irlandais est devant, puis à côté, puis derrière. Il est suivi par un 4×4, avec son photographe et son cameraman. Le va et vient du 4×4 m’énerve. Le petit sourire à chaque fois que je croise le photographe m’agace. Je croyais être tranquille dans le désert, un paparazzi et son people me tournent autour. Et la dessus, un coureur/photographe ne cessent de me doubler à fond la caisse, s’arrête, fait une pose, fait quelques clichés, disparait, me redouble. Je ne comprends pas, il n’a pas de dossard, il est habillé d’un énorme sac et à l’air en pleine forme. Il me donne le sentiment de ne pas avancer, la fatigue gagne du terrain. Toutefois je profite de l’instant, la lumière s’atténue, la couleur prend possession des lieux, les volumes se détachent, le crépuscule est pour bientôt.

CP3 : 4h14 – 26,5Km – 120mD+/46mD- : 35mn d’arrêt

J’ai les épaules en vrac, je suis obligé de me faire aider pour enlever le sac. C’est la pause du soir, je souffle, mange et boit une soupe. Nous sommes peu nombreux, le kiné est dispo, j’ai droit a un massage des épaules. Les bénévoles sont aux petits soins, adorables et souriants, ils redonnent vie à toute cette solitude traversée. L’ambiance est détendue, chacun y va de ses commentaires. Arrive le sac photographe. Sympa nous discutons un moment, il m’apprend être Mr Trail Attitude et compte faire la boucle en trois jours. Pour lui la journée est finie, il ira se coucher, je comprends mieux son rythme haché et son air décontracté. Je ne fais pas attention aux arrivants et aux partants. Couvert et « reposé » je me décide à partir. Je quitte alors la lumière et la chaleur du CP pour m’enfoncer dans la nuit. Elle est noire, il n’y a pas un pet de lune ! Pour un certain temps, celui de la nuit, l’anticipation de la nature et de la déclivité du sol est impossible. En quittant le CP, nous devons monter et franchir une passe. Je suis dans un labyrinthe de blocs et de cailloux, je cherche. Pas de trace, pas de marquage, j’avance, reviens, tourne. Je suis à 10mn du CP, je ne vois rien. La nuit appelle de nouvelles sensations, une nouvelle écoute. Pieds et yeux sont en liaison direct. Les yeux grands ouverts je scrute le moindre indice. Un chapelet de grottes m’indiquera la voie. L’alternance marche/course va diminuer au profit d’une marche rapide. Le sol est correct. Mais un géant à décidé de s’amuser. Il pose et dispose sous mes pieds n’ importe où n’importe comment, des blocs, des dunes, de grosses bosses, que mon GPS incrédule traverse de sa flèche. J’aurai parfois la réactivité de les contourner, mais pas souvent. Dans l’instant ces montagnes russes ne me déplaisent pas. Cela me permettra à plusieurs reprises, tel le cathare du haut de sa forteresse, de m’apercevoir que je gagne du terrain sur deux lumières. Yaya le Nigérian et Joey l’Irlandais, je les rattraperai.

CP4 : 4h20 – 25Km – 318mD+/305mD- : 20mn d’arrêt

Quel délice, je savoure le taboulé préparé au CP précédent. Il a eu le temps de mijoter, la semoule est souple, l’oriental est de circonstance. Accompagné d’une soupe au potiron, je me délecte alors que Joey me fait signe qu’il est temps de repartir. Yaya à disparu. On nous informe que nous sommes les cinquièmes à partir. Cette révélation nous donne tellement d’élan que nous partirons dans la mauvaise direction. Héler par le CP, nous nous remettons sur le droit chemin.  Nous allons marcher le restant de la nuit. Je mène notre convoi, tel le navigateur. Les yeux se ferment, les pieds continus inlassablement guidé par la flèche du GPS. Je profite de quelques arrêts (changement de piles, évacuation du sable par Joey de ses chaussures) pour éteindre mes lampes et contempler la voute céleste. Il est rare de voir cela, dés l’horizon les étoiles se bousculent : instant magique.
Nous n’avons aucune idée du monde qui nous entoure, le halo de nos frontales se perd dans l’immensité. Il y aura plusieurs erreurs, mais jamais de retour. Toujours droit devant !
Les paupières sont lourdes, les microcoupures se multiplient, le froid pique !

CP5 : 4h40 – 23Km : 20mn d’arrêt

J’ai faim, une soupe bien chaude, des pâtes à la bolognaise et une fiole de Guarana, je me sens requinqué. Photographe et caméraman sont là, à chaque CP pour prendre et épier chaque instant de pause de mon compagnon de route. Je donne le départ, nous n’avons que quelques heures de nuit et quatre traces devant nous. Seulement quatre ! je sais exactement à qui elles appartiennent, la course est lancée. Ma seule préoccupation, ne pas se faire rattraper. Je me crois être le premier « vieux », et compte bien le rester. C’est le levé du jour, et dernière grosse erreur de navigation. Nous nous engageons dans un cirque sans issue. Pas l’esprit et le courage de faire demi-tour, ni une ni deux, d’un regard croisé nous décidons de gravir le mur qui nous fait front. Pente de sable abrupt, escalade de rocher, il me pousse je le tire, nous sommes sur une crête de sable superbement haute. Le panorama est superbe, léché par les premiers rayons de soleil nous avons gagné une grande descente de plusieurs dizaines de mètres de dune. Inquiet d’être rattrapé, avec le levé du jour je réinstaure l’alternance marche et course. Le sable est mou, et mon irlandais n’est pas en grande forme. Après plusieurs tentatives et attentes, il me libère. Je pars, je cours, je tiens, je suis aux anges.

CP6 : 3h – 17Km : 20mn d’arrêt

J’arrive au CP, surprise une chaise est occupée. Je ne suis pas le premier « Vieux ». Quelques échanges avec Marc L., puis je le regarde partir. Il n’a pas l’air en grande forme. Une soupe en guise de petit déjeuné accompagné de noix de cajou. Je profite de l’arrêt pour enlever les vêtements de la nuit. Alors que je repars, Joey arrive. Encouragements mutuels, surtout ne pas faiblir. Tout de suite après le CP, une bonne grimpette dans le sable mou pour accéder à un plateau. Cailloux et cailloux, plateaux et successions de plateaux. Le road-book d’une main, le regard passe du GPS à l’horizon, j’essaye d’anticiper tout changement de direction et d’azimuter les différents passages à franchir. J’alterne course et marche. L’alternance est calée sur le rythme des points GPS à suivre. Il commence à faire chaud, je suis seul, je suis bien … L’horizon est perturbé par quelques gros cailloux ici ou là. La trace sinue à travers un océan de caillasse. Puis arrive le bout du monde, le plateau est à sa fin, le paysage se dévoile et s’ouvre sur une vallée ocre et sèche. Après un long contournement à flan de falaise, on plonge vers le CP que l’on aperçoit en contrebas.

CP7 : 2h30 – 15Km : 15mn d’arrêt

Je suis surpris d’y trouver Yaya. Allongé il se fait soigner d’une chute qu’il a fait dans la descente, après avoir voulu prendre un raccourci. A peine il me voit, il se précipite et prends la poudre d’escampette. Je m’assoie, et l’on me demande si j’ai doublé le dossard 6. Réponse négative, je n’ai vu personne. L’inquiétude s’installe, comment se fait-il que je sois parti après un coureur et arrivé avant, sans l’avoir vu ? Avec toujours autant de sourires les bénévoles tout en me demandant si j’ai besoin d’aide, me transmettent un feuillet de messages. A peine je commence à lire des larmes de joie, de souffrance, de fatigue, d’amour viennent brouiller ma vue. J’interromps l’instant, je bois la deuxième et dernière fiole de guarana et je file. La lecture sera pour plus tard, je ne peux l’entreprendre, elle sera une raison de motivation pour finir au plus vite. Je n’ai pas eu le temps de me refroidir, je reprends aisément le rythme. La piste, suivre la piste. La recommandation lors du briefing était celle là, je n’y dérogerai à aucun instant. Et pourtant le détour parait tellement grand … Petit à petit, mon allure étant plus régulière, je rattrape Yaya. Il a beau essayé de garder de la distance, tout en risquant d’avoir un torticolis à force de regarder en arrière je l’ai rejoint. L’instant n’est pas très agréable, piste, paysage et fatigue font courber l’échine. Le final s’annonce, je prends conscience du classement. Le soleil cogne, je grille. La rougeur de mes mains et de mes cuisses m’affole. J’ai hâte d’être au prochain CP pour me couvrir.

CP8 : 2h28 – 16km – 0mD+/86mD- : 17mn d’arrêt

Comme à chaque arrêt je suis happé par une chaise. Les gestes sont identiques, j’enlève le sac, j’extrais de quoi manger puis savoure une soupe. Je suis rassuré de savoir que le dossard 6 est arrivé à bon port au CP 7. Yaya part et prend de l’avance, pendant que je remets manchette et buff sur le visage pour me protéger du soleil. Il me semble être arrivé et en même temps j’ai conscience que se sera long. Le terrain est plat, sablonneux, il fait plus de 35°. Je ne suis pas avec un adepte de l’alternance course/marche. A chaque fois que j’entreprends un démarrage en courant, mon concurrent et non compagnon de route part en sprint. Cela me mine psychologiquement et m’use physiquement. J’opte donc pour une marche rapide, ainsi je nous mènerai jusqu’au CP suivant. Il n’y a plus que trois traces. Chacune d’elle est identifiable par son empreinte, sa taille, son amplitude, sa profondeur. Il me manque encore de l’expérience et je n’ai ni le courage et la force de me baisser, pour que tel l’indien je puisse évaluer le temps qui nous séparent d’elles. Sont ils loin devant, sont ils proches derrière ? Je n’en ai aucune idée. La seule obsession : finir. Et tenir cette place qui me tient à cœur depuis un certain temps : être le premier vétéran.

CP9 : 2h17 – 11km – 9mD+/0mD- : Pas d’arrêt

Je n’ai aucune envie de m’arrêter. Je préviens, puis j’attends Yaya qui assit avait déjà enlevé ses chaussures. J’opte, suivant la préconisation de la bénévole de tirer vers la droite pour rejoindre la piste des 4×4. Un peu déçu, je croyais trouver une piste ferme, nous devons évoluer dans du sable mou et des dunes qui commencent à prendre forme. L’alternance est à nouveau de mise, mais le rythme s’accélère. Les yeux rivés sur son GPS, le ton est donné. Chaque difficulté du terrain est exploitée par mon rival pour prendre de la distance. Je l’ai tiré une grande partie de la nuit et de l’après-midi, je n’ai aucune envie de le laisser filer. Chacun s’observe. Il reste 7km, notre avancement est saccadé. Je suis en retrait, je colle aux pas. Il reste 5km, c’est l’accélération, il part en sprint. Il a juste oublié que nous avons 190km dans les jambes, son envolé sera aussi brève qu’elle était rapide. Il alternera ainsi pendant quelques kilomètres sprint, marche et regard en arrière pour mesurer l’écart escompté. Mais à son grand dame, que je le lis sur son visage, je suis toujours là. Je cours moins vite mais plus longtemps. Il reste 2km, alors que je m’aperçois que son sac est ouvert il disparait à vive allure derrière une dune. Surpris, au moment où je la franchis à mon tour je me retrouve face à lui. L’air dépité, il me montre sa polaire au sol et me fait signe de lui remettre dans son sac. Je la regarde et le passe et lui dit que nous aurions pu finir ensemble main dans la main. Il reste 1km, c’est la dernière ligne droite. Seule la flèche du GPS sait où est la destination finale, Nous n’avons aucune visibilité, nous sommes dans des dunes. Au détour d’une, je bifurque et prends l’option trace de 4×4. Le final se fait en courant, chacun fait sa trace. J’ai choisi la ligne droite, il a pris l’option de contourner les obstacles. A chaque point haut, je mesure l’écart. La faveur tourne à chaque instant. Il reste 100m, nous nous retrouvons en même temps à franchir une passe. L’arrivée est là. Je sors l’appareil, je respire, je souhaite profiter de l’instant. Je finis en courant. Je finis en m’auto-encourageant. Je finis en remerciant mes proches. Je finis le Libyan Challenge. Je finis mon challenge.

Arrivée : 2h17 – 18km – 43mD+/37mD-

34h 02mn 54s – 195,42Km – 1591mD+ / 1594mD-
4° ex aequo – 1° V1

Une course parfaite à légal des mes rêves. Aucun problème musculaire, aucun problème digestif, aucun problème de pieds.
Sans aucun épuisement physique et psychologique, les deux jours suivant ont été rythmé par l’arrivée des concurrents. Accolades, remerciements et félicitations, nous avions tous le sentiment d’un accomplissement.

Une belle aventure, couronnée d’une place inespérée !!

Une organisation formidable …

Un nombre de coureur et de bénévoles juste et suffisant pour donner une ambiance conviviale et très agréable …

Un seul regret, et c’est l’envers de la médaille : avoir fait un grande partie de nuit (nuit sans lune !) et du coup ne pas avoir profité et ne pas avoir vu une grande partie des paysages traversés …
… mais en même temps quel plaisir, joie, bonheur d’être seul entouré de toutes ces étoiles et de ne faire qu’un avec la voûte céleste.

Dois-je y retourner ?

Je ne peux passer à côté des remerciements de circonstances, même si cela à l’allure de la nuit des Césars, et je n’aurai pas l’humour de Djamel …
En premier lieu, ma femme et mes enfants. Pour me supporter avant, pendant et après et à tous ces moments où je tire sur la ficelle à la limite du supportable,
Aux nombreux amis, qui ont partagé cette joie et qui me soutiennent,
Aux deux compagnons, qui pour une fois n’étaient pas de la sortie,
A tous ceux et celles (amis, familles, collègues et coureurs) qui m’ont envoyés des messages de soutiens, d’encouragements et de félicitations,

Et enfin à tous les frères d’armes avec qui j’ai pu faire de belles sorties dans nos massifs !!

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Grand Raid du Mercantour 2007

Samedi 16 juin 2007

Lieu: St Martin de Vesubie (Alpes-maritimes, PACA)

Distance/Dénivelé: 104Km / 6600m D+

Des excuses, car je suis sincèrement désolé de mon arrivée, de l’état dans lequel j’étais. A ce jour, de tout les trails, courses et autres raids que j’ai pu faire, j’ai toujours eu un sourire un remerciement pour l’organisateur. Là rien, bien au contraire
Car pour la première fois j’ai puisé au fin fond du mental, a en être totalement vidé. A me rendre agressif et désagréable alors que l’on me reçoit les bras ouverts plein de reconnaissance et avec une récompense.

Cette agressivité je me la dois, car la seule des raisons de son émergence est que j’ai sous estimé ce raid.
J’étais parti pour une sortie longue en guise de préparation, pour un futur ultra de la fin du mois d’août …

Mon tort est là, avoir sous évalué cette épreuve, que dis-je ce Raid !

Seule préparation, deux jours auparavant sur une réduction du parcours, j’ai reporté une estimation rapide des temps de passage.

Un temps magnifique, une organisation sans faille, des bénévoles souriant compréhensifs et attentifs, des chamois curieux, une constellation d’étoiles, un parcours très bien balisé, un tracé très technique, tous les ingrédients pour accommoder un mets merveilleux, et pourtant …

Reprenons depuis le début :

2h30 le réveil sonne : petit déjeuné dans la voiture et thé chauffé avec des pastilles à alcool (reste d’une ancienne aventure …)
3h30 contrôle des sacs
4h c’est le départ : surtout partir tranquille, 30mn de bitume à ne regarder que ses pieds pour ne pas se faire happer par la horde sauvage
6h25 col de Veihios : passage rapide, j’apprécie les manchettes (achetée la veille au soir) il ne fait pas bon de s’attarder, le vent du matin est glacial
8h30 gîte de Boréon : j’ai un compagnon de route, remplissage de la poche à eau, sourire à Dawa qui aide les coureurs et coureuses qui ont du mal avec leur remplissage
11h05 Refuge de la Madonne : tout va bien j’ai 1h30 d’avance sur mes prévisions, je suis bien ! Petite frayeur dans la descente j’ai perdu un bidon, obligé de faire demi-tour, un UFO m’évite une grande remontée il me la tend, je suis ravi et je l’en remercie … C’est la mi-journée, les enfants vont bientôt rejoindre la maison et prendre un bon repas, j’essaye d’en faire autant. Certainement une annonce, la soupe à du mal à passer.

Ce n’est pas tout mais il faudrait y aller, après 16mn d’arrêt !

13h30 Pont du Countet : Whaouhh la descente, je ne m’attendais pas à cela, surprise !! Mais nous sommes vraiment à la montagne ! Est-ce la montée ou la descente le plus usant ? Physiquement je suis toujours aussi bien, mais le terrain me surprend me déstabilise, m’étonne …Nouvelle tentative avec la soupe, le passage est vraiment difficile. 24mn d’arrêt, je repars avec mon compagnon de route. Nous avons un très bon rythme, nous sommes en phase. La montée se fait en relais improvisé, entrecoupé de photos, clic-clac le chamois. Puis descente vers le refuge, je me lance, je dois y être au plus vite pour faire une pause …
15h30 Refuge des Merveilles : je fais un passage au relais, une halte technique s’impose, les problèmes gastriques sont là … 27mn d’arrêt je repars, les jambes sont prêtes, mais la tête commence à douter. Bâton à la main je me concentre et cherche les gravures rupestres, en vain. Je me recroqueville, écouteur dans les oreilles je pars pour une petite montée suivie d’une longue descente. Ils sont avec moi, les Led Zep, ZZ Top, BB King, Ceux qui marchent debout, et bien d’autres. Mais tous, alors qu’ils finissent leur morceau me demande ce que je fais là ? C’est le vide sidéral, je n’ai aucune réponse !
19h07 Relais des Merveilles : la descente était longue, très longue. La tête se demande ce qu’elle fait là ? J’ai froid, je suis hagard. J’ouvre le sac déposé, et je me mets tout sur le dos afin de me réchauffer. J’essaye de manger, rien. J’attends. Je pense à la montée prochaine, 800m+. J’attends. Il va bientôt faire nuit. J’attends. Je retente des pâtes, ça passe. Je grignote, je bois des bulles, le corps c’est réchauffé, la tête est toujours aussi vide. L’idée de stopper là me chatouille, je me décide à bouger. Je refais mon sac, je m’équipe, je me rhabille, je remplis la poche à eau, merdouille de merdouille, je viens de fausser le pas de vis. Elle fuit toute son eau ! Quoi faire ? Je dois me rendre à l’évidence, il va falloir en rester là.
« Ça va Christophe ? » Une voix, je me retourne, Devey refait son sac. Je lui montre mon désarroi nommé poche à eau. Il me propose de me passer une poche qu’il a toujours de rechange dans son sac ! Banco j’accepte. Et me vlà à refaire pour la énième fois mon sac. 1h06 de pause, nous repartons ensemble. Au bout de 300m, demi-tour j’ai oublié ma frontale dans le sac de dépôt …
La montée se fait sur un rythme doux et régulier, elle est longue mais pas aussi méchante que je ne l’appréhendais. Au sommet, point de contrôle je me couvre et nous chaussons nos frontales. Je suis avec un descendeur. C’est le crépuscule, nous doublons. Je fais comme mon prédécesseur, point de lumière, nos yeux de chat suffisent.
22h35 Refuge de la Madone : Une concentration de sourire nous reçoive, ils sont tous très prévenants. J’arrive à avaler du solide, je profite de l’arrêt pour changer les piles. Je me rends bien compte que je ne dois pas m’éterniser, Devey m’attends : 10 à 15mn d’arrêt.
Nous sommes dans le même état, nous repartons. Parce qu’il faut repartir.

Il fait nuit noire, je broie du noir

Il fait frais, je suis défait

Je ne me demande même plus ce que je fais là, je ne suis plus là !

Je n’ai qu’un souhait, être ailleurs

Le faisceau me mène, il n’y a plus de pilote dans l’avion

Puis vain la descente : l’enfer !

J’en ai marre, je glisse, je peste, je maudis les traceurs, je tombe, je retombe, je n’en peux plus, je rage, je re retombe, mais pourquoi va t’on aussi loin ?

2h12  Saint Martin : c’est fini !

Même pas heureux.
Assis sur des chaises, on ne sait plus si l’on a soif, faim, sommeil, nous sommes choqués par la descente. Et nous avons tous la même conclusion, nous n’avions jamais fait aussi dur !
Plus tard, un crochet par la piscine pour la douche avant d’aller absorber quelques parts de Polenta.
Il est 4h du mat, on a fait le tour, il est temps d’aller s’étaler …

Depuis, je rumine, j’analyse, je constate, et je m’interroge ?

Physiquement : le bilan est plutôt positif ; pas de douleurs, pas de blessures, pas de courbatures
Moralement : le bilan est bien différent. Il y a eu blessure, et la régénération peut être longue …
Il n’est pas futile de dire dans l’Ultra : Quand la tête va, tout va !

Je remercie les organisateurs, tous les bénévoles au ravito et ceux tanqué aux points de contrôle dans la froidure des hauteurs …
Je remercie les personnes qui m’ont accompagné
Je remercie Devey, pour m’avoir prêté une poche et avoir fait un bout de chemin ensemble
Je remercie mon autre compagnon
Je remercie l’UFO (à barbichette) qui m’a redescendu mon bidon perdu
Je remercie les chamois d’avoir été présent sur le parcours
Je remercie Akunamatata pour ses photos (j’ai pu voir par ou j’étais passé …)
Je félicite les organisateurs
Je félicite le 20° pour sa performance (cocorico, il a porté haut les couleurs du club !(OCC Cabriès))

Dans neuf semaines c’est la fin août …

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